Titre : Imagine me
Auteur.ice : Tahereh Mafi
Edition: Michel Lafon
Date de parution : 17 avril 2025
Genre du livre : Dystopie
Clap de fin pour Shatter Me. Du moins, pour ses tomes principaux. Comment dire adieu à Juliette, Aaron, Kenji, Nazeera, et tous les autres ? Ce n’est pas une simple lecture qu’on termine. C’est une odyssée qu’on quitte. Et Imagine Me ne fait pas que clore une saga : il lui offre une fin à la hauteur de sa grandeur.
Avant d’entrer dans le vif de ce dernier tome, il convient de saluer l’ingéniosité de l’autrice. Peu d’écrivain-es osent une construction aussi ambitieuse et le réussissent : six tomes principaux, cinq inter-tomes, des points de vue multiples, des temporalités superposées, des voix viscérales et singulières. Chaque volume est un fragment d’un puzzle émotionnel, politique et humain, qui se recompose sans cesse, révélant à chaque lecture une nouvelle facette de sa richesse.
Imagine Me, loin de céder à la tentation du grand feu d’artifice final, choisit une voie plus rare : celle de l’intime, du ressenti, du sens profond de la guerre, du pouvoir et de la résilience.
Une saga en deux temps
Le premier arc narratif (Shatter Me, Unravel Me, Ignite Me) nous plongeait dans une dystopie brutale, à travers une Juliette au bord de la folie, marquée par l’enfermement. Puis vinrent les jeux de pouvoir, la révolte, la lumière timide. Et Kenji, toujours là, pour faire sourire même au bord du gouffre. Ce cycle s’achevait sur Ignite Me, avec un basculement : la rébellion prenait le dessus, l’ancien commandant tombait, et un nouvel horizon s’ouvrait — plus vaste, plus politique, plus dangereux.
Le second arc narratif (Restore Me, Defy Me, Imagine Me) plonge dans un réalisme plus cru. Faire tomber un tyran est une chose. Gouverner en est une autre. Juliette, désormais au pouvoir, se heurte à ses propres limites. Rien ne lui est épargné : les doutes, la solitude, les trahisons… mais aussi une galerie de nouveaux personnages, enfants d’autres commandants, porteurs de pouvoirs et d’agendas troubles.
Puis vint Defy Me, le tome charnière. Une claque. Une révélation. L’écriture de Tahereh Mafi y atteint des sommets de sensibilité. Chaque émotion, chaque souffrance est retranscrite avec une précision chirurgicale. C’est là que la saga a basculé de l’excellent à l’exceptionnel.
Et qu’en est-il pour Imagine Me ? On vous répondra sans concession que c’est une apothéose.
Un final tout en justesse
Là où beaucoup auraient opté pour un final hollywoodien façon Avengers : batailles démesurées, scènes spectaculaires, effets de manche. Imagine Me choisit la sincérité. L’autrice y fait le choix de l’humain, de la profondeur, des émotions vraies. Les scènes d’action ne manquent pas, mais elles ne prennent jamais le pas sur ce qui fait l’âme du récit, à savoir les personnages, leur évolution, leurs douleurs et leurs combats intérieurs. Chaque chapitre contient son lot de surprises, de rebondissements, pas dans une surenchère gratuite, mais dans une tension continue, une montée en puissance subtile et poignante. Cette intensité ne flanche jamais, nous embarquons pour un crescendo émotionnel qui prend à la gorge dès la page 30 et qui ne lâche plus.
Certaines scènes font partie, sans exagération, des plus belles jamais lues en young adult : pas parce qu’elles en font trop, mais parce qu’elles sont d’une finesse remarquable. La poésie est dans les silences, dans les regards, dans les tremblements.
Un seul mot : merci
Merci à Tahereh Mafi pour cette œuvre d’une rare intensité. Merci pour cette poésie, cette beauté, cette audace. Shatter Me n’est pas qu’une saga littéraire : c’est une expérience sensorielle, émotionnelle, presque physique. Et si les astres s’alignent, nul doute qu’elle connaîtra un jour une adaptation à la hauteur de sa grandeur. Peut-être même une franchise aussi emblématique qu’un certain sorcier à lunettes…
Et maintenant ? On plonge dans Believe Me, le dernier inter-tome de la saga, avec le cœur un peu lourd et le sourire aux lèvres. Car il est vrai qu’il est toujours un peu difficile de se séparer de ceux qui nous ont fait tant vibrer.
