Titre : Les Diables
Auteur.ice : Joe Abercrombie
Edition: Bragelonne
Date de parution : 14 mai 2025
Genre du livre : Fantasy
Avec Les Diables, Joe Abercrombie revient en force dans la fantasy adulte, livrant une œuvre baroque, crue et magistralement humaine. Publié chez Bragelonne, ce roman est une odyssée gothique où l’humour noir, la violence jubilatoire et la profondeur psychologique s’entrelacent pour former un récit aussi dérangeant que fascinant.
Des protecteurs maudits pour une prétendante déchue
Tout commence comme une mauvaise blague : un prêtre peureux, une elfe mystérieuse, un soldat immortel, une lycanthrope nymphomane, une pirate retorse et un magicien mégalomane sont réunis pour escorter Alex, prétendante exilée du trône de Troyes, à travers une Europe dystopique rongée par la guerre, la peste et les schismes religieux.
La mission, orchestrée par la mystérieuse Chapelle des Saints Expédients, se transforme vite en odyssée infernale. On pense à Tarantino, évidemment, Les Huit Salopards en tête. Car cette bande déglinguée, rivée par la nécessité plus que par l’affection, incarne une famille dysfonctionnelle comme seule la fiction sait les inventer : bancale, explosive, mais d’une troublante sincérité.
Trash, gothique… et jubilatoire
L’auteur adopte une narration chorale, donnant à chaque chapitre la voix d’un personnage. Ce procédé, loin d’être un simple artifice, plonge le lecteur dans des consciences fracturées, tantôt hilarantes, tantôt glaçantes. Chaque protagoniste impose sa vision du monde, ses névroses, ses contradictions. On ne lit pas Les Diables, on l’habite, on le subit, on le traverse.
Le style est cru, l’humour féroce, la vulgarité presque jubilatoire. L’auteur assume une esthétique trash où l’hémoglobine ruisselle autant que les émotions. Les dialogues, ciselés comme des lames, révèlent des éclairs d’intimité inattendus. Ce n’est pas un roman à dévorer d’une traite. Il se déguste comme un banquet grotesque à la lueur vacillante d’une chandelle. Abercrombie prend son temps : il installe, il distille, il creuse. Il faut aimer les récits denses, exigeants, presque théâtraux, pour s’y abandonner pleinement. Mais la récompense est là : une immersion totale dans une fresque humaine d’une grande intensité.
Une réflexion sur le pouvoir et la rédemption
Sous ses dehors sanglants, le roman interroge les notions de légitimité, de foi et de rédemption. Que vaut un trône porté par des criminels ? Peut-on croire au salut quand chaque acte est souillé d’intérêts ? L’auteur ne propose pas de réponses simples. Il expose, il confronte, il dérange.
La dernière partie du roman est à l’image du reste : brutale, lucide, sans pitié. Les masques tombent, le sang coule, et même les victoires portent l’amertume des compromis. Une signature Abercrombie, qui préfère l’ombre à la lumière, et la vérité à la consolation.
Les Diables est une lecture atypique et profondément humaine. L’auteur y pousse à l’extrême son art du récit absurde, de la caractérisation acide et de la mise en scène baroque. Une aventure sale et sublime, à réserver aux amateurs d’ombre, de verbe et de chaos.
