
I Swear
Réalisateur : Kirk Jones
Genres : Drame, Biopic
Acteurs et actrices : Robert Aramayo, Shirley Henderson, Maxine Peake
Nationalité : Grande-Bretagne
Date de sortie : 25 mars 2026
En comédie, il y a un équilibre des plus complexes à trouver. Celui du rire avec, qui s’oppose au rire de. Rire de, c’est se moquer, tourner l’altérité en ridicule, pointer du doigt. Rire avec, c’est faire preuve de bienveillance, enlever toute acidité, prendre le risque de déforcer ses vannes afin de ne pas blesser. Le problème du rire avec, c’est qu’il peut rapidement tourner à la soupe de bons sentiments. C’est ce qui peut expliquer le nombre de mauvaises comédies qui sortent toutes les semaines : la facilité à tomber d’un côté dans le fade, ou de l’autre dans l’injurieux.
Comme si c’était déjà pas assez compliqué, I Swear décide de mener une comédie sur un handicap en suivant la véritable histoire de John Davidson depuis son diagnostic jusqu’à son combat pour informer et faire accepter, aux yeux du monde, le syndrome dont il souffre. Cependant, il y a des infirmités qui peuvent prêter à sourire, même à rire. Et si ce n’est pas le cas pour la quasi-totalité des maladies et des problèmes de santé, on ne peut pas nier la propension comique du syndrome de la Tourette. Preuve en est, lorsqu’il est décoré de l’Ordre de l’Empire britannique en juillet 2019 par Élisabeth II, John Davidson ne peut pas s’empêcher de crier dans un moment de blanc « Fuck the Queen ».
Évidemment tout n’est pas drôle. La répétition de tics moteurs et vocaux peut être d’une grande souffrance pour les personnes touchées par le syndrome. Mais la question qu’amène le film est la suivante : le plus dur est-il le syndrome en lui-même ou le regard que les gens qui n’en sont pas atteints posent dessus ? Ainsi, les insultes, les coups, les cris, tous involontaires, peuvent faire rire puisque le propos est ailleurs, puisque sous couvert de parler du syndrome de Gilles de la Tourette, on parle en fait du rapport à l’altérité, à la différence, au hors-norme. On a donc deux espaces émotionnels : d’un côté celui du rire provoqué par le caractère inattendu du tic, de l’autre la tristesse, voire la colère, face à l’intolérance qui le suit.
En alternant les émotions, I Swear rend sa narration efficace, facile à suivre, divertissante. On peut regretter l’aspect assez attendu du film. Oui, les comédies finissent quasi systématiquement bien. Oui, le caractère biopic d’I Swear fait qu’on s’attend à un rise sans fall. Mais quoi ? N’était-il pas déjà risqué de faire une comédie sur une personne souffrant du syndrome de Gilles de la Tourette ? Et puis au final, un peu d’espoir et de légèreté, par les temps qui courent, ça va pas faire de mal à grand monde.
