More

    Hair, Paper, Water… C’est l’amour qui crée la culture

    Dans une grotte au Vietnam vit Cao Thi Hau, qui, par la seule force de ses souvenirs, tente de maintenir en vie le Ruc.

    Cao Thi Hau est une petite dame qui habite dans un petit village dans les montagnes du Vietnam. Née il y a 60 ans dans une grotte, elle fait partie d’une ethnie minoritaire du Vietnam que l’on appelle le peuple des Grottes. Pendant un long moment, ce peuple vivait totalement isolé du reste du pays. Aujourd’hui, il s’assimile peu à peu au reste du peuple vietnamien tout en maintenant une certaine distance et un certain mystère. Et comme toute culture minoritaire face au capitalisme et à l’attraction des grands espaces, celle-ci est en train de disparaître. Le Ruc cède de plus en plus de place à la « grande » langue du pays. Cao Thi Hau tente, à l’aide de ses souvenirs et de l’amour qu’elle leur porte, d’enseigner à ses petits-enfants sa langue natale qui est en train de mourir. Pleine d’amour et de douceur, celle-ci décide de voyager pour la première fois à Saigon pour s’occuper de sa petite-fille qui vient d’accoucher. Et lorsqu’elle retourne dans sa forêt, dans son village, elle passe beaucoup de temps avec son petit-fils qui vit le divorce de ses parents.

    Ce documentaire est un joli moment passé au sein de la vie et de la famille de Cao Thi Hau. Nous, invités discrets, avons l’honneur d’écouter ses enseignements. On apprend l’utilisation des plantes et leurs vertus médicinales, on apprend des mots du Ruc et on apprend à vivre au rythme de la nature, finalement. Aussi cliché que puisse être cette phrase, la sensation est bien réelle. Pendant 1h10, entre les voix de Cao et de sa famille, on entend le reste : la goutte de pluie qui s’écrase au sol devient un souvenir. Le fleuve est un long moment de pause et les feuilles nous murmurent leurs secrets. L’image grainée du documentaire amplifie cette sensation de souvenirs. Une harmonie parfaite existe entre le son et l’image, l’un ne noyant pas l’autre, chacun à son tour devenant le personnage principal de ce film. Monté dans une temporalité non linéaire, le son s’adapte à l’image. C’est-à-dire que lorsque l’on est à Saigon, on entend plus la voix de Cao Thi Hau : elle nous parle d’elle, de sa vie, de ses petits-enfants, et lorsque l’on retourne au village, les voix deviennent des bruits de fond, laissant plus de place à la nature.

    Finalement, il y a quelque chose de très émouvant à exister dans ce film. Et je dis exister parce que c’est vraiment la sensation donnée par la caméra. Nous sommes un fantôme visible, regardé avec curiosité par les enfants, confident secret de certains d’entre eux. Présents dans l’intimité de notre famille hôte, mais pas envahissants. Parce qu’il y a un accord de principe. Tout le monde a sa place ici, nous aussi, seulement si l’on se tient tranquille, que l’on respecte le rythme et qu’on s’y adapte aussi. Les images nous portent, le son nous entraîne ; au-delà d’être un documentaire, Hair, Paper, Water est une véritable expérience sensorielle.

    Si, pour nous, le documentaire est intéressant, pour le peuple de Cao, c’est sans doute un élément important pour la postérité de leur langue. Il existe au moins un objet qui contient des éléments du Ruc. Donc il y aura toujours quelqu’un pour s’en souvenir.

    Derniers Articles

    Hair, Paper, Water…Réalisateurs : Nicolas Graux et Minh Quý TrươngGenre : DocumentaireNationalités : Belgique, FranceDate de sortie : 25 mars 2026 Dans une grotte au Vietnam vit Cao Thi Hau, qui, par la seule force de ses souvenirs, tente de maintenir en vie le Ruc. Cao...Hair, Paper, Water… C’est l’amour qui crée la culture