Titre : First-Time Caller
Auteur.ice : B.K. Borison
Edition: Verso
Date de parution : 04 juillet 2025
Genre du livre : Roman
Il y a des romans qui nous font rêver, d’autres qui nous font réfléchir. Et parfois, plus rarement, surgissent ceux qui parviennent à faire les deux à la fois. First-Time Caller, premier tome de la duologie Heartstrings, appartient résolument à cette dernière catégorie.
Aux commandes, une autrice qui ne se contente pas de respecter les codes de la comédie romantique : elle les transcende. À travers le personnage d’Aiden Valentine, animateur vedette d’une émission de radio sentimentale à Baltimore, et celui de Lucie Stone, mécanicienne passionnée et mère célibataire, elle tisse un récit profondément humain, où l’amour naît non pas d’un coup de foudre spectaculaire, mais d’un dialogue patient, sincère et parfois maladroit. L’étincelle ? Un appel téléphonique inattendu d’une fillette demandant des conseils pour sa mère. Ce point de départ presque anodin donne naissance à une rencontre d’une justesse remarquable.
Juste une fille devant un garçon
Ce roman ne cherche pas à épater. Il ne multiplie ni les rebondissements forcés, ni les ressorts dramatiques artificiels. Sa force réside ailleurs : dans son réalisme affectif, dans la qualité de ses dialogues, et dans cette manière de faire émerger l’intime au cœur du quotidien. Aiden et Lucie ne sont pas des héros flamboyants, ce sont des adultes cabossés, un peu fatigués, un peu sur la réserve. Ce sont surtout deux êtres lucides, qui se demandent s’ils sont encore capables d’aimer sans se perdre. Leur histoire n’est pas empêchée : elle est suspendue à cette peur universelle de souffrir à nouveau.
First-Time Caller est une romance qui parle à ceux qui ont déjà aimé — et qui ont perdu. C’est un livre sur l’après, sur la reconstruction, sur le courage tranquille qu’il faut pour ouvrir à nouveau son cœur quand tout en soi appelle à rester protégé. Une œuvre adulte, dans le sens le plus noble du terme.
Mais le roman ne se contente pas de bien faire : il charme aussi par son intelligence narrative. Les passages radiophoniques, insérés entre les chapitres, sont une trouvaille à la fois stylistique et émotionnelle. On imagine sans peine la ville de Baltimore s’éveiller au son de la voix d’Aiden, comme une bande-son feutrée à la Good Morning England, entre café fumant, trottoirs mouillés et écouteurs dans les oreilles. Ce sont ces détails qui donnent au roman sa texture, sa couleur, sa mémoire — « Bonsoir Baltimore, j’espère que tu es d’humeur romantique ce soir. »
On pense parfois au cinéma — Nuits blanches à Seattle, Quand Harry rencontre Sally, ou même au tendre chaos d’un Little Miss Sunshine. Mais ici, l’écran est mental, et chaque page devient un plan séquence. La narration est visuelle, rythmée, presque musicale. Et c’est peut-être ce qui fait la force du texte : cette capacité à nous faire ressentir, sans jamais nous forcer la main.
Alors oui, on rit. On sourit. Et à la fin, on pleure un peu. Parce qu’on y croit. Parce que c’est beau. Parce que ça fait du bien. Et qu’il est rare qu’un roman aussi accessible soit aussi vrai.
First-Time Caller n’est pas une romance parmi tant d’autres. C’est une déclaration d’amour à la vie telle qu’elle est : imparfaite, fragile, avec son lot d’actes manqués et son infini de possibilités.
