Faire l’aventure de Fabienne Kanor

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auteur : Fabienne Kanor
éditions : JC Lattès
date de sortie : janvier 2014

Depuis plusieurs années, nombreuses sont les oeuvres sur l’immigration résonnant avec l’actualité troublante des naufrages de Lampedusa ou du refoulement incessant des sans-papiers. Dans Faire l’aventure, le nouveau roman de Fabienne Kanor, il est très peu question de routes d’exil et d’aventures périlleuses pour atteindre les portes de l’Europe. La romancière d’origine antillaise s’attache essentiellement à porter la voix de ceux qu’on n’entend jamais, ou tellement peu. Celle des sans-papiers dont la vie sans filet, sur le vieux continent, mène souvent à des lendemains qui déchantent.

Au départ, il y a Biram et Marème, deux adolescents sénégalais. Le jeune homme vit chez sa tante à Mbour, une ville balnéaire sans charme près de Dakar où les Pleureuses de la petite côte fréquentent fiévreusement les plages en hommage à leurs fils disparus en mer. Serveur dans un snack bar, Biram rêve de faire l’aventure, s’exiler en Europe même si les témoignages de ceux qui sont revenus, peu reluisants, s’éloignent de ses promesses de bonheur. Au village, il rencontre Marème, une jeune et jolie Dakaroise qui vient vivre à Mbour le temps d’une grève dans son lycée. Un peu maniérée et agaçante, à l’image de ce que pense Biram des filles de la capitale, elle finit par l’émouvoir et le troubler. Pour la jeune étudiante aussi, les rêves se conjuguent inéluctablement avec la vieille Europe. A Tenerife, Biram deviendra modou-modou, un vendeur à la sauvette. Après une douce romance à Paris, Marème vivra à Rome à la recherche de vieux riches, suivant les conseils de sa cousine « un époux chic (bien sapé bien coiffé) ou choc (bien monté) ne suffira jamais à satisfaire une femme. Ce qui compte, c’est de trouver un mari chèque ». Marème et Biram finiront par se retrouver en Sicile avec un regard altéré sur leurs illusions de jeunesse.

Découpé en plusieurs chapitres et escales, Faire l’aventure est à la fois un livre odyssée qui charrie sa part de sombre (rapports tendus entre Blancs et Noirs, l’univers de la lose qui finit par mettre en péril la fraternité entre migrants) et un roman d’apprentissage de la vie, du passage de l’adolescence vers l’âge adulte. L’écriture de Fabienne Kanor, pleine de néologismes et de mots africains, est vive, foisonnante et inventive. Cependant, l’histoire se perd souvent dans des chemins de traverse avec ses nombreux personnages et peine à se recentrer sur les aventures et les pensées de ses deux protagonistes. Ces derniers partent souvent en roue libre et, par conséquent, risqueront de laisser peu de traces dans la mémoire du lecteur.

Marie-Laure Soetaert
A propos Marie-Laure Soetaert 130 Articles
Journaliste du Suricate Magazine

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