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    Emma et Amir : politiser le récit policier

    À une brassée l’un de l’autre, Amir et Emma ne se sont pourtant jamais parlé. Le premier barbote en regardant les ondulations éphémères de l’eau, pendant que la seconde essaye de vaincre son chronomètre en enchaînant les longueurs. Et s’il n’y avait pas eu l’accident, ils seraient sûrement restés l’un pour l’autre deux anonymes emmaillotés.

    Mais voilà qu’une déflagration provoque dans le quartier de Kreuzberg une vague de panique. Les deux baigneurs se retrouvent alors entraînés dans une histoire qui les dépasse. Amir qui connaissait le chauffeur de la voiture piégée est accusé de complicité dans un attentat terroriste. Et Emma, accro à l’adrénaline, ne peut s’empêcher de monter à bord avec lui. Leur destination est floue. Mais pour innocenter Amir et Yusuf, ils devront suivre une piste qui les baladera à travers les quartiers underground berlinois et les boulevards chics de Paris.

    Amir et Emma est un récit d’enquête. Mais c’est aussi, d’une certaine manière, un guide de voyage. Des fontaines de la Prinzenbad de Kreuzberg qui a vu leur amitié éclore, jusqu’à la suite nuptiale d’un hôtel de Charlottenburg, en passant par l’Église Saint-Jean-Bosco et le cimetière du Père Lachaise, Bianca Schaalburg nous offre une visite de ces deux grandes capitales européennes. Pas besoin d’acheter un ticket hors de prix, il suffit de suivre les péripéties d’Emma et Amir, que l’autrice cartographie au début et à la fin de l’album. Emma et Amir a des airs de vacances.

    C’est la douceur de l’été qui s’empare du lecteur. Mais pas que. Entre Emma et Amir, une idylle commence. Les deux tourtereaux se complètent assurément. Emma et Amir : presque un anagramme pour deux personnalités pas du tout analogues. À l’image des duos comiques, ils sont archétypaux. Elle est audacieuse, indépendante et intelligente. Il est plaintif et peu débrouillard. Mais malgré tous ses défauts, Amir est plus touchant que sa camarade qui frôle la perfection.

    Et l’écriture des personnages n’est pas le seul poncif auquel se raccroche l’autrice. Elle utilise certaines formules habituelles des récits d’enquête pour nourrir son album. Les méchants sont féroces et déterminés. Mais les astuces d’Emma parviennent à brouiller les pistes. Heureusement qu’elle est prévoyante et qu’elle possède certains contacts. Mais à force de solutionner les problèmes, Emma devient comme une sorte de boîte à outils que l’autrice sollicite sans cesse. Si ce procédé favorise un comique de répétition, il rend également le récit parfois légèrement simpliste.

    Mais la singularité de Bianca Schaalburg, c’est de donner au récit d’enquête basique une dimension très politique. Elle pointe particulièrement du doigt le racisme qui est au cœur de l’intrigue. Mais elle combat aussi le sexisme en inversant les rôles traditionnels, faisant de l’homme une figure de dépendance.

    Et si l’objectif est louable, le résultat est de nouveau un peu artificiel. Bianca Schaalburg s’approprie ces belles valeurs sans chercher à les complexifier. Emma et Amir est un peu trop naïf pour les adultes et trop coquin pour les plus jeunes. Mais peut-être que son public se situe entre ces deux âges. Emma et Amir a les défauts de ses qualités : c’est un album un rien crédule, mais qui souffle un vent de fraîcheur sur le paysage de la bande dessinée.

    Cheyenne Quévy
    Cheyenne Quévy
    Responsable littérature

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    Emma et Amir - Dans l'ombre de la terreurScénario : Bianca SchaalburgDessin : Bianca SchaalburgÉditeur : L'AgrumeDate de parution : 26 février 2026Genre : Roman graphique À une brassée l’un de l’autre, Amir et Emma ne se sont pourtant jamais parlé. Le premier barbote en regardant les...Emma et Amir : politiser le récit policier