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    D’un monde à l’autre : retrouver son ami dans les yeux d’un autre

    D’un monde à l’autre débute par les mots de l’acteur-réalisateur Jérémie Renier. Il annonce ce que va être ce film qui dure un peu plus d’une heure. Il y a quatre ans, Jérémie a perdu son meilleur ami, l’acteur français Gaspard Ulliel, mort à l’âge de 37 ans dans un accident de ski. Il est alors plongé dans un gouffre sans nom, l’empêchant d’avancer. Plus rien n’avait de sens, vu que son copain n’était plus là pour discuter, vivre de nouvelles aventures. C’est alors qu’un homme, Loury Lag, sorti de nulle part, explorateur de l’extrême, est venu à lui et lui fit cette proposition : parcourir à pied des milliers de kilomètres dans l’Arctique ensemble. 

    Et Jérémie Renier lui dit oui. Durant un moment, il a sûrement dû se poser des questions avant de répondre à cette drôle de demande. Et dans le film, cet instant crève l’écran : mais qu’est-il allé bien foutre dans cette galère ? Qu’est-ce que lui, acteur révélé par les frères Dardenne qui connaît également la gloire de la popularité du cinéma en France, est-il allé faire dans l’Arctique (dans l’Arctique !), à – 40 degrés, avec un homme qu’il ne connaissait pas, à traîner un sac lourd, à ski sur des kilomètres et des kilomètres, avec le froid comme compagnon (et les ours polaires…).

    D’un monde à l’autre, c’est Rendez-vous en terre inconnue qui rencontre les fameux frères belges précités sur le Camino de Santiago. Sauf que le chaud, l’Espagne, les tapas, ce n’était pas de cela que Jérémie Renier avait besoin. Pas de cette souffrance de pacotille. Il lui fallait une vraie. Et souffrant, on le voit, dans la deuxième partie de documentaire, sans jamais que ce ne soit complaisant, gênant ou sadomasochiste (s’exciter sur sa propre souffrance). Parce qu’il n’a pas vraiment choisi, c’est Loury Lag qui l’y a emmené, et Gaspard Ulliel aussi, en disparaissant si brutalement. Et parce que c’est dans la souffrance que son cerveau se tait enfin, qu’il ne pense plus à son ami, au point de ne plus réfléchir qu’à une seule chose : sa survie, mettre un pied l’un devant l’autre, faire un pas après l’autre, pour arriver au bout. 

    D’un monde à l’autre est pourtant encore bien mieux qu’un mélange bizarre entre Rendez-vous en terre inconnue et les frères Dardenne. Du premier, il garde cette découverte de l’étrangeté, d’un pays nouveau, de conditions de vie extrême, d’un homme à accompagner. Des deuxièmes, les failles à vif, la douleur qui suinte, les instants de vérité qui éclatent à l’écran, l’absence de mensonges (ou leur révélation soudaine, démasqués qu’ils sont). D’un monde à l’autre transcende les deux, car c’est un moment (une petite heure) brut d’émotions qui ne triche pas. Il n’y a pas de show télévisuel, pas de « cinéma ». Jérémie Renier a embarqué une caméra, une petite équipe (qui n’est pas visible, recréant fictivement, il est vrai, cette impression fausse qu’il se trouve seul avec Loury Lag, comme dans les Rendez-vous de Frédéric Lopez). 

    D’un monde à l’autre est un magnifique documentaire à l’image belle et soignée, porté par une musique envoûtante, sur un homme en deuil qui cherche comment surmonter la perte d’un autre homme. Il n’y a pas de jeu, pas de faux-semblant. Un homme, pas un acteur. Il s’appelait Gaspard avant d’être connu pour être Gaspard Ulliel. Il n’y aura pas d’images de lui. Juste les yeux tristes et le visage cerné de Jérémie, qui n’en rajoute pas. Et c’est dans la rencontre avec cet autre homme, Loury Lag, visage marqué et tatouages sur les bras, au phrasé particulier, dont on devine par son énergie, ses marques sociales inscrites sur sa peau, qu’il ne vient pas du même monde que Jérémie, c’est dans cette rencontre que Jérémie va chercher à dépasser la mort de son meilleur ami. Et c’est une rencontre qu’on devine possiblement créatrice d’étincelles, dès le début du film, quand Jérémie Renier nous dit que Loury n’a pas eu une enfance facile, et qu’il a fait un passage par la case prison, plus jeune. 

    D’un monde à l’autre est donc un film à voir parce que c’est bien plus qu’un documentaire, c’est un drama Netflix plein de rebondissements, c’est un thriller arctique, c’est un documentaire sur la marche, c’est un film de compagnonnage avec ses passages obligés, c’est le making-of de son propre film, et c’est un film humain, très pudique, sur le deuil, sur le dépassement de soi, non pas pour l’aspect sportif uniquement, mais pour retrouver du sens dans la vie, dans quelque chose, alors que la mort frappe à l’horizon. Alors oui, pourquoi ne pas enfiler ses skis, rejoindre l’appel de l’aventure, parcourir des terres désolées, affronter l’immensité blanche pour retrouver le sourire, ne fut-ce que quelques secondes, les yeux qui plissent de joie, le goût de vivre dans le regard de l’autre ?

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    D’un monde à l’autreRéalisateur : Jérémie RenierGenre : DocumentaireActeurs et actrices : Jérémie Renier, Loury LagNationalités : France, BelgiqueDate de sortie : 17 juin 2026 D’un monde à l’autre débute par les mots de l’acteur-réalisateur Jérémie Renier. Il annonce ce que va être ce film...D’un monde à l’autre : retrouver son ami dans les yeux d’un autre