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    Dégel, quand les cendres s’envolent

    Elle ne s’appelle pas Patrick Bateman. Pourtant, elle incarne une élite inconséquente qui abuse de la drogue et qui, sans aucune raison, peut mettre le feu à un sans-abri. Ana a purgé sa peine aux yeux de la justice, mais son crime ne cessera jamais de la poursuivre. Mineure au moment des faits, un bandeau noir cache son visage sur la photo que diffusent en boucle les médias. Cette précaution ne lui assure qu’un anonymat de façade. En vérité, la photo a circulé bien longtemps avant d’être retouchée. Et Ana, qui vit avec le sentiment d’être sans cesse reconnue et épiée, doit également supporter sa conscience et sa culpabilité.

    Car Dégel ne se déroule pas au moment chaud de l’action, mais bien des années plus tard. Alors qu’Ana se promène dans un musée tchèque, elle reconnaît, dans le portrait d’Éléonore de Tolède peint par Bronzino, une étrange ressemblance avec sa partenaire de crime, au sens littéral du terme. Cette autre délinquante qui s’appelle Eleonora – et qui, en plus de partager son prénom avec l’illustre aristocrate espagnole, jouit également de la même tignasse rousse – est, avec Ana, la seule témoin encore vivante de leur crime odieux. Le troisième luron présent cette nuit-là s’est éteint directement après le brasier, emporté par une overdose, s’épargnant ainsi le devoir d’assumer les conséquences de son acte.

    Ana, elle, n’a jamais pu échapper à ces fameuses conséquences. Et à raison : le crime est d’autant plus odieux qu’il est gratuit. Mais, surtout pour une partie de la population, il semble politique. Ces jeunes mineurs en quête de sensations fortes n’ont pas brûlé n’importe quel homme : un autochtone. Par ce geste, ils symbolisent une élite presque colonisatrice qui ne s’intéresse qu’au luxe et qui crache sur les valeurs et l’histoire ancestrale de son peuple. Et alors qu’Ana avait tout fait pour oublier et se faire oublier, elle décide de reprendre contact avec Eleonora.

    Degel n’est pas un thriller qui pénètre le cerveau fou d’une psychopathe, à la manière d’American Psycho. Lucrecia Zappi, qui est journaliste de profession, s’inspire d’un fait divers brésilien pour en extraire une matière littéraire qui repose avant tout sur la responsabilité et la reconstruction. Ana et Eleonora ont chacune leur caractère, mais ne paraissent pas différentes de n’importe quelle femme, à ceci près qu’elles portent ce lourd bagage en elles.

    Leurs retrouvailles sonnent comme une évidence pour ces jeunes filles qui ne se connaissaient pas avant la fameuse nuit, mais dont les destins sont à jamais liés. Leur relation, autrefois nourrie par la rancune et la jalousie, n’est pas une relation amicale à proprement parler. Et pourtant, elles seules peuvent comprendre ce que l’autre vit. Elles deviennent, alors, l’une pour l’autre des confidentes. Fascinée par les palindromes, Lucrecia Zappi s’intéresse aux choses insignifiantes qui prennent de l’ampleur. Elle se concentre sur le quotidien, et non sur l’horreur, pour démêler avec poésie les sentiments contradictoires que peuvent connaître les anciens jeunes délinquants.

    Cheyenne Quévy
    Cheyenne Quévy
    Responsable littérature

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    Titre : DégelAuteur : Lucrecia ZappiÉditeur : Actes SudDate de parution : 06 mai 2026Genre : Roman Elle ne s’appelle pas Patrick Bateman. Pourtant, elle incarne une élite inconséquente qui abuse de la drogue et qui, sans aucune raison, peut mettre le feu à un sans-abri. Ana a purgé...Dégel, quand les cendres s'envolent