
Comanche Trail
Scénario : Christian Rossi
Dessin : Christian Rossi
Éditeur : Casterman
Date de parution : 20 mai 2026
Genre : Western
On l’avait rencontré, banni et novice, dans Golden West. Aujourd’hui, on le retrouve toujours solitaire, veillant sur les plaines ardentes, au crépuscule de la civilisation indienne. La conquête de l’Ouest s’intensifie. Bientôt, les peuples autochtones seront décimés. Pourtant, de son côté, Woan a gagné en assurance. Il est bien décidé à se battre. Mais contre qui ? La bataille qu’il mène ne voit pas s’affronter les peaux-rouges et les blancs-becs, comme il est de coutume. Dans Comanche Trail, Woan offre ses talents de guerrier à une famille d’Indiens déshonorée et traquée par une tribu de Comanches.
Dans ce second western, Christian Rossi évoque les rivalités qui existent entre les peuples indiens. En mutilant Petal pour une offense qu’elle n’a pas commise, Quanah et sa tribu se sont attirés les foudres d’un autre peuple. Ce peuple, une fois son honneur lavé, doit fuir pour échapper aux mains de Quanah dont les troupes sont nettement plus nombreuses. Et, sur papier, leurs chances de survie sont aussi minces qu’une feuille de tabac. Mais c’est sans compter l’adhésion au groupe du vaillant Woan.
Comme c’était déjà le cas pour Golden West, l’auteur aguerri, qui a fait ses armes auprès de vieux renards comme Jijé, bénéficie d’un traitement de faveur. Sa bande dessinée est vendue dans un format inhabituellement grand qui permet une pleine immersion dans les paysages étendus du Far West. À l’image de son héros, c’est la dextérité de Christian Rossi qui impressionne. Dans la précision de son dessin, on reconnaît l’héritage laissé par des spécialistes du western comme Jean Giraud, avec qui Christian Rossi a d’ailleurs collaboré pour la série Jim Cutlass.
Mais Comanche Trail sort en 2026 et, ça, Christian Rossi l’a bien intégré. Son univers s’inspire de l’âge d’or des westerns dans la bande dessinée francophone, mais dans une version plus adaptée aux graphismes de notre époque. Aux traits marqués, Comanche Trail préfère un dessin plus doux. Lumineux. Ses teintes parfois pastel ne ternissent pourtant en rien les atmosphères crépusculaires qu’on associe au Far West. L’abondance de texte a laissé place à une vision plus contemplative de la narration.
L’histoire reste assez simple, malgré certains sujets abordés, tels que la désunion entre les peuples indiens ou encore leur rapport animiste à la nature. La fin surprend, plus que le moyen d’y parvenir. C’est de nouveau le mythe du héros solitaire que nous sert Christian Rossi. Et même si l’érudition et le savoir de l’auteur sont sans conteste, l’importante présence de termes indiens rend parfois la lecture exigeante. Surtout pour un public peu averti. Cela dit, le dessin est tellement imposant et immersif que le lecteur, même le moins adepte du genre, peut se retrouver happé par la délicatesse avec laquelle Christian Rossi représente la violence.
