
Ces lignes qui tracent mon corps
Auteur.ice : Mansoureh Kamari
Editions : Casterman
Date de parution : 10 Septembre 2025
Genre : Roman graphique
Plus de vingt cinq ans après le succès de Persepolis, Mansoureh Kamari décide de se saisir, à son tour, de la bande dessinée comme moyen de dénoncer la condition des femmes en Iran. Un récit qui, au même titre que celui de son aînée, montre combien le dessin est une arme.
C’est autour d’un corps nu, débarrassé aussi bien de ses vêtements que de sa honte et de sa sensualité, que Mansoureh Kamari tisse son récit. Ce corps, c’est le sien. Un corps qui, longtemps occulté par le gouvernement iranien, se dévoile, au propre comme au figuré, sous le regard des étudiants des Beaux-Arts. Car le cours de modèle vivant pour lequel elle pose revient sans cesse comme un point central du récit, l’acte émancipateur qui lui permet de s’ouvrir à son passé. Mansoureh Kamari compare. Elle compare le désintérêt de ceux qui dessinent à la concupiscence et à l’assujettissement des regards auxquels son corps l’avait habituée.
Mansoureh Kamari se souvient. D’abord de ses premières règles qui coulaient comme une sanction, signant la fin de l’innocence. En Iran, les règles, qui portent décidément bien leur nom, sont synonymes d’interdit. Interdit de rire. Interdit de chanter, de danser, d’être libre. Avec l’âge adulte, vient l’obligation de se couvrir. Et si la femme doit dissimuler ses attributs, c’est parce que l’homme peut laisser libre cours à ses désirs. Ce sont des professeurs, des voisins, des commerçants. Ils occupent tous des places différentes dans la société, mais ils ont en commun cette habitude de considérer la femme comme une proie.
L’autrice iranienne ne supporte pas ces regards, pas plus qu’elle ne supporte le rôle que son sexe lui inflige. Elle veut dessiner, mais elle est condamnée, comme sa mère et les femmes avant elle, à devenir une esclave. Et quand on lui trouve certaines qualités qui ne sont pas des qualités domestiques, c’est que l’homme qui les lui prête a une idée derrière la tête.
La suite, on la connaît dès les premières pages. Si elle peut choisir d’exposer son corps aussi impunément, c’est qu’elle a quitté l’Iran. En Iran, on l’observait parce qu’elle était une femme. En Europe, c’est parce qu’elle est iranienne qu’elle attise la curiosité. Ces regards l’oppressent. C’est une conséquence de son éducation iranienne. Et dans un autre registre, elle s’est construite sur la promesse de ne pouvoir être aussi douée qu’un homme. Mais avec son dessin très léché, Mansoureh Kamari prouve à tous ces patriarches qu’ils ont tort. Son univers est sombre et doux, acceptant sans la forcer sa part de féminité.
