More

    Back on Senne : plus qu’un show, une ouverture sur le futur

    Au cœur de l’atypique Musée des égouts coule la Senne, une rivière presque oubliée des Bruxellois·es mais qui se retrouve aujourd’hui sous le feu des projecteurs. L’exposition Back on Senne, jusqu’au 3 janvier 2027, retrace son histoire du Moyen-Âge à nos jours, laissant imaginer un futur où elle reprendrait vie, à l’air libre.

    Longtemps à ciel ouvert, la Senne a été condamnée à ruisseler dans l’ombre après son voûtement au 19ème siècle. Un choix contraint par des motifs sanitaires et sécuritaires qui changera profondément la ville et son écosystème. Pour cette exposition inédite, le Musée des égouts met en lumière la Senne, au sens propre comme au figuré, et crée une nouvelle rencontre avec les habitants, envoûtés.

    Quand la rivière se raconte

    À la première personne, la Senne se présente comme si nous venions la découvrir pour la première fois. Bon nombre de visiteurs vont en effet en apprendre plus sur ses anciens rôles clés.

    Par le passé, la Senne était à la fois une voie de transport, une force motrice pour les moulins mais aussi une ressource alimentaire, comme en témoigne l’impressionnante nasse à poissons en osier datant du 15ème siècle, présente dans la première salle du Musée. Retrouvée lors des fouilles archéologiques du chantier de Brucity en 2019, elle était utilisée pour attraper les poissons au fond des eaux. Des moulages de certaines espèces, issus de la Collection de l’Institut des sciences naturelles de Bruxelles, sont présentées aux côtés du piège et révèlent la grande diversité de la faune aquatique dans la Senne au Moyen-Âge.

    Si elle nourrissait, la Senne était paradoxalement aussi utilisée pour évacuer les déchets. Malgré ses nombreux affluents et espèces régulatrices, au fil des siècles, la rivière a fini par être considérée comme dangereuse pour la santé publique.

    Après la dernière grande épidémie de choléra, en 1867, Jules Anspach, bourgmestre de Bruxelles, lance les travaux de voûtement qui dureront 4 ans. La Senne sera enfouie dans un double pertuis entre la gare du Midi et la gare du Nord. En souvenir des quartiers détruits au moment du chantier, la série de tableaux Quinze vues de la Senne est commandée par le bourgmestre à l’artiste Jean-Baptiste Van Moer. L’exposition en présente trois reproductions, où les habitations et la vie sont à flanc de rivière.

    Une expérience artistique et organique, au fil de l’eau

    Après avoir (re)fait sa connaissance, les visiteurs sont donc invités à s’en rapprocher. Quelques marches à descendre pour accéder aux souterrains, direction le pertuis. Là, une création artistique inédite, visuelle et sonore, illumine la Senne, d’habitude plongée dans la pénombre.

    Toutes les 15 minutes, l’œuvre immersive de Romain Tardy et Coline Cornélis se joue sur l’eau et sur les murs ; des lasers colorés se déplacent en harmonie avec les mouvements de la rivière et pas tout à fait par hasard. Entre art et science, l’installation s’appuie sur des mesures physico-chimiques de la rivière, notamment sur son débit, son pH (taux d’acidité) ou encore sa température qui influent directement sur le jeu de lumières. Le spectacle est visuel donc mais aussi sonore, avec des sons organiques issus d’un enregistrement hydrophonique de la Senne, nous plongeant presque dans l’eau et son écosystème. 

    Spécialement conçue dans et pour l’exposition, cette création traduit une vision artistique de l’histoire de la Senne mais constitue aussi un vrai challenge technique ; « amener des lasers dans les souterrains, ce n’est pas anodin. Le dispositif a nécessité une collaboration étroite avec Vivaqua, notamment pour dévier la Senne dans l’autre pertuis le temps que tout soit mis en place. » explique Sophie Vanderschueren, co-commissaire de l’exposition. Un défi réussi pour sensibiliser différemment les publics, au moyen de l’expérience live et de l’art.

    Imaginer une autre ville

    Si Back on Senne retrace le passé, elle invite aussi à se tourner vers l’avenir. Aujourd’hui, la qualité de l’eau de la rivière s’est nettement améliorée et la Senne s’est libérée de ses voûtes à Anderlecht en 2019 et à Haren en 2021. Deux projets qui ont eu des effets positifs sur la biodiversité. Visibles dans l’exposition, un couple de castors a même élu domicile sur le cours d’eau au Nord de la ville.

    « Les bénéfices de la remise à ciel ouvert sont multiples. On sait d’abord que les espaces verts et bleus limitent les effets d’îlots de chaleur, notamment lors des périodes de canicule, car ils ne stockent pas la chaleur. Ça apporte aussi à la population des zones plus calmes, au bord de la rivière, pour se poser, se retrouver, ou pique-niquer en famille, tout ça loin de la frénésie de la ville. » observe Sophie Vanderschueren.

    Le dévoûtement pourra-t-il se poursuivre ailleurs ? En 2024, dans le cadre du réaménagement du Parc Maximilien, l’administration Urban.brussels délivrait le permis d’urbanisme nécessaire pour la remise à ciel ouvert de la Senne sur 650 mètres. Depuis, le projet peine à être financé et semble à l’arrêt, alors même que les panneaux des Quinze vues de la Senne trônent toujours dans l’antichambre du cabinet du bourgmestre de l’Hôtel de Ville de Bruxelles.

    Back on Senne est donc aussi une invitation à regarder différemment notre ville ou notre quartier. Et si nos trajets du quotidien se transformaient en promenades au bord de l’eau ? Dans le cadre de l’exposition, le Musée des égouts propose un programme d’activités hors-les-murs, avec des promenades pour suivre le trajet de la Senne à l’époque et aujourd’hui, ou pour s’aventurer le long des sites de fouilles archéologiques de la rivière.

    Enfin, au sein du Musée des égouts, les visiteurs peuvent participer à des ateliers pour mesurer la qualité de l’eau ou à des workshops en compagnie des artistes de Back on Senne, pour manipuler les lasers et les hydrophones.

    Infos et réservations : https://sewermuseum.brussels/back-on-senne-fr/

    Mélanie Lecoeuvre
    Mélanie Lecoeuvre
    Responsable arts

    Derniers Articles