
A l’ombre des tours mortes
Scénario : Art Spiegelman
Dessin : Art Spiegelman
Éditeur : Flammarion
Date de parution : 2 septembre 2026
Genre : Bande dessinée
Le 11 septembre 2026 marquait le vingt-cinquième anniversaire de l’effondrement des deux tours. En hommage, les éditions Flammarion republient une compilation de planches signées Art Spiegelman, sortie dans sa version française en 2004.
Connu pour le regard qu’il porte sur le nazisme, Art Spiegelman s’intéresse aujourd’hui à un autre événement tragique de la mémoire occidentale : les attentats du 11 septembre. L’auteur américain ne s’en cache pas : il souffrait, déjà avant, d’un trouble anxieux légèrement disproportionné. Alors, quand le World Trade Center se fait percuter par les deux avions, à quelques blocs de sa maison et du lycée de sa fille, Art Spiegelman devient carrément obsessionnel.
Dans Maus, la relation compliquée qu’il entretenait avec son père venait se mêler aux souffrances endurées par ses parents, rescapés des camps de concentration. L’auteur américain, qui a grandi dans une famille de Juifs polonais, porte le poids du traumatisme familial, alors qu’il n’était pas encore né à l’époque de la Shoah.
Et, à nouveau, Art Spiegelman nous parle de terreur. Mais il ne se limite pas à la terreur vécue par les Américains ce triste matin de septembre. Son combat ne s’arrête pas à ce qui le concerne directement. Il parle d’une terreur universelle. Partagée. Dans À l’ombre des tours mortes, il n’hésite d’ailleurs pas à s’élever contre la politique menée par Bush en Afghanistan et en Irak qui, pour lui, ne sert qu’à perpétuer l’horreur.
Avec du recul, il paraît évident que les guerres qui s’en sont suivies étaient aussi inutiles que destructrices. Mais les planches dans lesquelles Art Spiegelman condamne son propre gouvernement ont été réalisées à l’époque où ce constat n’était pas encore si évident. D’ailleurs, À l’ombre des tours mortes est une compilation de planches qui datent toutes du début des années 2000 et qui ont, originellement, été publiées dans Die Zeit, Courrier International et The independent.
Derrière sa couverture sobre et endeuillée – deux tours stylisées et noires se détachent d’un fond encore plus noir – se cachent des planches colorées et énergiques. Il n’y a qu’une dizaine de planches, mais elles sont assez denses pour couvrir en surface les années concernées. Dans le traitement graphique, Art Spiegelman opte pour une esthétique vintage qui, d’ailleurs, inspirera la manufacture du livre.
Ce n’est pas un album comme le lecteur a l’habitude d’en lire. Les doubles pages ont laissé place à une page unique qui s’étend en format portrait sur la longueur. Cela nécessite donc de manipuler le livre pour pouvoir le lire. Le choix d’un papier épais et lourd, presque cartonné, fait presque de lui un objet d’exposition plus que d’édition. On aurait aisément pu imaginer ces planches être montrées dans un musée, par exemple.
Art Spiegelman, dans son esthétique comme dans sa mise en page, rend hommage aux bandes dessinées de l’époque. Il faut dire que l’auteur n’est plus tout jeune. Et après ses quelques planches pétries de dérision, d’humour noir et de critiques politiques, l’auteur réserve un mot aux premières bandes dessinées qui lui ont permis de passer le cap du traumatisme avec plus de douceur. En bonus, les lecteurs de ce bel hommage pourront donc découvrir ou redécouvrir quelques perles qui ont marqué la naissance du neuvième art.
