Renversante (tomes 1 et 2)
Autrice : Florence Hinckel
Éditeur : L’école des loisirs
Date de parution : 28 janvier 2026
Genre : Roman pour préados
Réunis pour la première fois en un volume poche, les deux premiers tomes de la série Renversante, initialement parus en 2019 et 2022, proposent une expérience de lecture singulière. Et si le monde fonctionnait à l’envers ? Florence Hinckel s’empare de cette idée simple mais efficace dans ce roman jeunesse pour les préados dès 11 ans. Elle donne à voir un univers où les rapports de domination entre les sexes sont totalement inversés et où, par effet miroir, les inégalités bien réelles de nos sociétés apparaissent avec une clarté saisissante.
Une inversion des rôles
Le principe de Renversante évoque celui du téléfilm Drôle de genre de Jean-Michel Carré (2003), dans lequel Hippolyte Girardot incarne un père qui se rebelle contre la condition masculine dans une société dominée par les femmes. Ici aussi, les rôles sont inversés : les hommes s’occupent des enfants tandis que les femmes occupent tous les postes de pouvoir dans l’administration et les entreprises.
À travers ce renversement, chaque chapitre explore un aspect différent des inégalités de genre : la langue (où le féminin l’emporte sur le masculin), l’épilation imposée aux hommes, la contraception dont ils portent la charge, ou encore le double standard sexuel qui tolère les comportements déplacés des femmes envers les hommes tout en condamnant l’inverse. Le procédé fonctionne comme un révélateur : ce qui paraît absurde dans ce monde fictif reflète, en creux, la normalité des discriminations dans le nôtre.
Léa, la narratrice de Renversante, a d’abord 10 ans (dans le tome 1), puis 15 ans (dans le tome 2). Grâce à son père « antisexiste » et à son frère jumeau Tom, elle découvre progressivement comment ces inégalités brident les hommes et perpétuent la domination féminine. Le regard naïf puis de plus en plus lucide de la narratrice accompagne celui du lecteur, invité à prendre conscience de la dimension construite des normes sociales.
Humour, clins d’œil et jeux de langage
Florence Hinckel choisit le registre de l’humour pour aborder ces questions sensibles. Les chapitres, courts, s’apparentent presque à des sketches. Chacun est précédé d’une illustration en noir et blanc qui en souligne la dimension satirique. Le ton léger rend la lecture accessible aux préados.
L’autrice s’amuse également avec la langue elle-même. Dans cet univers inversé, le féminin sert de genre universel (« j’ai trouvé ça folle, tous ces hommes qu’on a traités de sorciers »). Ce choix stylistique permet de faire réaliser aux lecteurs l’omniprésence des normes genrées dans notre manière de parler et de penser.
De nombreux clins d’œil à la culture populaire jalonnent le récit, de « Harriet Potter » à la « Cheetah Théorie » de Virginie Despentes. En fin d’ouvrage, des citations « inversées » parodient des propos sexistes d’hommes célèbres, soulignant par l’absurde le ridicule de certains discours.
Une démonstration par épisodes
Si son concept est séduisant et pédagogiquement pertinent, Renversante se lit davantage comme une succession de saynètes que comme un véritable roman. Le troisième tome, La Honte change de camp, sortira dans la même collection (Médium poche) le 4 mars. Il s’adresse aux ados à partir de 13 ans et aborde le sujet des violences sexistes et sexuelles dénoncées par le mouvement #MeToo. Une évolution thématique qui promet d’accompagner le lectorat vers des problématiques plus complexes à mesure qu’il grandit.
