Un rapport mitigé pour Raftan

Raftan

de Navid Mahmoudi

Drame, Romance

Avec Reza Ahmadi, Fereshteh Hosseini, Behrang Alavi

Sorti le 25 octobre 2017

Certains films vous portent à réfléchir, non pas pour la qualité extrême de leur scénario, mais bien pour l’impression contradictoire qu’ils vous laissent ; une œuvre peut être intéressante et ennuyeuse, simple et confuse, géniale et linéaire, controversée et conformiste. Et c’est exactement le cas de Raftan (alias Parting), premier film réalisé par Navid Mamhoudi qui se place au cœur des débats avec un sujet polémique telle que la migration.

Raftan nous narre, en effet, l’histoire de Nabi (Reza Ahmadi), un jeune Afghan qui parvient à atteindre Téhéran où il rejoint sa bien-aimée, Fereshteh (Fereshteh Hosseini), avec qui il rêve de s’envoler vers une Europe pleine de promesses. Mais bien sûr, le voyage n’est pas si simple et, parfois, même l’amour ne peut venir à bout de la difficulté.

Navid Mamhoudi, ce réalisateur afghan qui, à l’âge de 6 ans migrait vers l’Iran, avait donc toutes les cartes en main en abordant un sujet familier et d’actualité de surcroît. Concernant le contenu, et c’est là que réside le génie mais aussi toute la simplicité du film, Navid Mamhoudi parvient à parler de la migration, qui constitue par essence un déplacement de population, sans pour autant changer de décor. En effet, il décrit la tristesse, l’angoisse la violence et l’espoir de la fuite mais seulement à travers les yeux de Téhéran. Et, même si l’idée paraît originale, le résultat ne suit malheureusement pas. Finalement, l’histoire devient très linéaire, voire un peu trop. Et le spectateur se perd un peu dans la série de personnages qui lui sont présentés sans beaucoup d’explications, et dans l’enchaînement très saccadé de scènes.

Mais Raftan n’est pas seulement un message, c’est aussi le fruit d’un gros travail visuel. Et pour réaffirmer tout le dramatisme de la thématique, Navid Mamhoudi n’hésite pas à privilégier des juxtapositions de plans et un style très « caméra à l’épaule ». En ce sens, l’action est toujours reléguée au second niveau, obstruée par des chambranles de portes, des miroirs ou encore des voitures. C’est ingénieux et même très intéressant. Mais malheureusement, Mamhoudi s’est arrêté là. Sans chercher à creuser son idée, il utilise souvent les mêmes médias pour couper son action, ce qui donne un aspect très redondant à l’image.

Néanmoins, il est pertinent de visionner Raftan en tenant compte de l’histoire du cinéma afghan et iranien. Si le premier a mis du temps à se mettre en place, le second est quant à lui fort marqué par un régime de censure très sévère qui rappelle une version islamique du code Hays. Et, en conséquence, s’est créé un cinéma iranien plutôt dirigé vers un public international avec des réalisateurs comme Farhadi ou encore les membres de la nouvelle vague iranienne comme Panahi. Et c’est donc intéressant de noter la place de la spiritualité dans un film tel que Raftan qui s’ouvre sur la phrase « Au nom de Dieu », mais qui donne pourtant une image assez triste d’un Téhéran marqué par des problèmes politico-religieux.

Par conséquent, Raftan laisse le spectateur mitigé. Il y a de l’idée mais ça reste malheureusement assez pauvre.

Cheyenne Quévy
A propos Cheyenne Quévy 59 Articles
Journaliste du Suricate Magazine