L’Ecole du changement : et si c’était possible ?

L’Ecole du changement
d’Anne Schiffmann et Chergui Kharroubi
Documentaire
Sorti le 6 novembre 2019

Pleins feux sur les communes de Saint-Gilles et de Molenbeek où, depuis la rentrée scolaire 2017, souffle un vent nouveau : deux écoles secondaires innovantes entièrement dédiées aux pédagogies actives ont ouvert leurs portes. Quelles sont leurs particularités ? Implantées dans des quartiers défavorisés, elles sont officielles, gratuites, ouvertes à tous et jouent la carte de la mixité sociale. Une petite révolution pour ce type d’enseignement très convoité, généralement réservé à un public privilégié et averti. Depuis deux ans, le Lycée Roger Lallemand de Saint-Gilles ainsi que l’Ecole Secondaire Plurielle Maritime de Molenbeek et sa jumelle de Karreveld déconstruisent les codes de l’école traditionnelle pour mieux réinventer celle de demain en mettant l’autonomie, la citoyenneté et la bienveillance au centre des apprentissages.  Et le bilan est plutôt positif.

Dire que l’enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles ne se porte pas bien, c’est enfoncer une porte ouverte. Depuis bon nombre d’années, on tente de réanimer ce secteur à coup de réformes et de pacte. Mais le constat reste alarmant : les enquêtes PISA démontrent que l’enseignement reste chez nous fortement inégalitaire, la pénurie et le mal-être persistant des profs se constatent de jour en jour, la lutte contre le décrochage scolaire précoce est bien réelle et les déboires du décret-inscriptions ainsi que le manque criant de places en secondaire se répètent d’année en année.

Face à ces réalités peu réjouissantes, des équipes de professeurs et de citoyens engagés ont décidé de braver les vents contraires. Bien déterminés à changer de cap, ils remettent en question au quotidien les pratiques pédagogiques. Penser l’école autrement est d’ailleurs leur mot d’ordre. A l’Ecole Secondaire Plurielle Maritime de Molenbeek, l’année scolaire est rythmée par des projets et des thèmes déclinés dans différents cours. Il n’y a pas de sonnerie en début de journée et les élèves ne sont pas évalués en points mais par des appréciations. Au Lycée Roger Lallemand de Saint-Gilles, on a fait le choix de la transversalité via un projet nommé triplette (une thématique abordée dans différentes disciplines durant 3 semaines). Les élèves sont répartis régulièrement dans des groupes d’âges différents pour, à la fois, encourager l’entraide et l’autonomie.

A la barre du documentaire, les réalisateurs Anne Schiffmann et Chergui Kharroubi ont opté pour un ton résolument positif. Il est vrai que l’esprit du film véhicule un message difficilement contestable. Dans ces écoles, on ne joue pas l’auto-promotion. Parmi les nombreux témoignages d’enseignants, il en ressort d’ailleurs une attitude pleine d’humilité. On y découvre des profs qui ne prétendent pas détenir la vérité et n’ont pas pour vocation d’être des modèles. Ils ont conscience que tout changement implique des ratés et qu’une période d’adaptation et d’investissement soutenu est nécessaire. Ils collaborent pour cela de manière très poussée entre pairs sur des sujets interdisciplinaires, cultivent le plus possible la « positive attitude » en mettant à l’avant-plan la bienveillance, le droit à l’erreur et la liberté d’expression. Autant de choix audacieux et séduisants qui ne peuvent que renforcer la confiance en soi des élèves même si parfois cela peut les dérouter.

L’Ecole du changement est un documentaire éclairant sur deux nouveaux projets d’école à Bruxelles qui n’a pas pour vocation de faire l’apologie des pédagogies actives mais bien d’ouvrir une réflexion sur l’école de demain.

Marie-Laure Soetaert
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Journaliste du Suricate Magazine