Titre : Le mensonge suffit
Auteur.ice : Christopher Bouix
Editions : Au Diable Vauvert
Date de parution : 24 avril 2025
Genre : Dystopie
A l’heure de l’influence croissante des réseaux sociaux, alors que les tentatives de manipulation de l’opinion sont permanentes – que l’on pense aux dernières élections en Roumanie ou en Moldavie par exemple – et que de nombreux auteurs se sont déjà emparés du sujet, il est salutaire de s’y intéresser non pas sur le ton de l’analyse froide, mais sur celui de la satire. Le rire comme on le sait est un puissant moyen pour faire passer des messages.
Dans un futur proche où chaque action des citoyens consommateurs est enregistrée dans le cloud se déroule le procès d’un citoyen ordinaire, Ethan Chanseuil, accusé du meurtre de son beau-père. Particularités de celui-ci, une IA joue le rôle du procureur et ce sont les téléspectateurs de ce spectacle retransmis en direct qui décideront de la culpabilité de celui-ci.
La société décrite dans Le mensonge suffit est une société ultra-connectée qui ressemble à la nôtre sous certains aspects, une société où le concept de vie privée aurait disparu sous l’autel de la transparence – un sujet déjà traité dans Panorama de Lilia Hassaine – et où la technologie, cette nouvelle religion, aurait réponse à tout. Une vision assez sombre donc, mais qui, grâce à la narration et aux exagérations de Christopher Bouix devient tellement absurde qu’on espère qu’elle ne se produira jamais.
Le mensonge suffit est selon nous une excellente satire des romans de prétoire et une formidable dénonciation de notre monde moderne ultra-connecté où les algorithmes prennent une place prépondérante et où le peuple, incarné par les followers en ligne détient forcément la vérité ultime. L’auteur, en distillant chapitre après chapitre de nouvelles informations – à la limite de l’exubérance parfois – par rapport à la victime, sait tenir son public en haleine jusqu’à la dernière page tout en démontrant par l’absurde la fragilité et le caractère totalitaire du monde vers lequel on se dirige. Un roman que l’on vous conseille donc fortement, une piqure de rappel avant que toute la société ne plonge dans ce modèle totalitaire.
