Titre : Le Couteau
Auteur : Salman Rushdie
Editeur : Folio
Date de parution : 16 avril 2026
Genre : Autobiographie, Essai, Témoignage
Frappé d’une fatwa en 1989 pour Les Versets Sataniques, Salman Rushdie a vécu plus de trente ans sous la menace d’une agression. Exilé aux Etats-Unis, il tente depuis lors d’e continuer à exister et à écrire. Finalement, il aura suffi d’une conférence ordinaire un jour d’août 2022 pour qu’un jeune radicalisé mette un terme à des décennies de vigilance. Dans Le Couteau, l’auteur américano-britannique revient sur cet événement et sa survie presque improbable. Il en profite aussi pour partager ses réflexions sur la religion, la liberté et le rôle des arts face à la violence.
Une attaque fulgurante et des dégâts irréversibles
Le 12 août 2022, dans la petite ville de Chautauqua dans l’Etat de New York, Salman Rushdie s’apprête à intervenir lors d’une conférence publique. Soudain, un homme surgit armé d’une lame et se précipite sur l’écrivain. En une vingtaine de secondes à peine, Rushdie est frappé au cou, à la main et au visage. L’œil est gravement atteint et la scène laisse derrière elle une impression de sang et de brutalité. Trente-trois ans après la fatwa prononcée contre lui, un jeune homme radicalisé de 23 ans originaire du New Jersey parvient à l’atteindre en pleine chair. L’épisode glaçant marque un point de bascule dans la vie de l’auteur.
Dans Le Couteau, l’écrivain ne va pas se contenter de relater l’agression. Il va permettre au lecteur de remonter le fil des secondes en décrivant la perception du danger, les réflexes du corps et le chaos médical. Le récit s’imagine également comme une traversée intime de sa convalescence entre douleurs, interventions chirurgicales et reconstruction progressive. L’auteur évoque sans détour la fragilité physique, la honte face à la dépendance et l’attention bouleversante dont il fait l’objet (notamment la place essentielle jouée par sa femme Eliza).
Un livre sur l’art et la violence
Le texte est émaillé de références littéraires et artistiques, témoignant d’une culture vaste et cosmopolite. Cette érudition, créant parfois une distance avec le lecteur lambda, permet surtout d’inscrire son expérience individuelle dans une histoire plus large des violences faites aux écrivains et aux artistes. En opposition, l’écriture se révèle simple, dépouillée et au service du témoignage. Elle vise juste mais sans nécessairement bouleverser le lecteur. Dans cet esprit, on pourra lui préférer Le Lambeau de Philippe Lançon.
Au-delà du récit de survie, Rushie en profite pour proposer une réflexion plus large sur la liberté d’expression, la religion et la place du sacré dans les sociétés contemporaines. Athée revendiqué, il défend l’idée d’une séparation entre foi et espace public, tout en affirmant son respect pour les croyances individuelles. L’ouvrage est également intéressant dans sa manière de revenir sur le malentendu persistant autour des Versets Sataniques, qu’il analyse à la fois comme une incompréhension culturelle, politique et religieuse.
Plus globalement, on saluera la force testimoniale de l’ouvrage. Il s’agit d’un texte sobre, maitrisé et peu romancé. Tout au long du récit, Rushdie arrive à raconter la violence sans la dramatiser outre mesure. Sans conteste, la plus grande réussite de cet ouvrage est qu’il lui permet de retrouver l’inspiration et de reprendre possession de lui-même par l’écriture. Ayant échappé à la mort, Rushdie considère ce livre comme le point de départ d’une nouvelle vie littéraire, toujours habitée par l’amour et l’humour.
