La soupe du cœur
Auteur : Ben Davis
Éditeur : Pocket Jeunesse (PKJ)
Date de parution : 27 août 2026
Genre : Roman jeunesse, Roman pour préados
En offrant son thermos de soupe à un sans-abri, Jordan, 13 ans, est loin d’imaginer qu’il va déclencher un vaste élan de solidarité dans sa ville. Marqué par la maladie, l’adolescent va apprendre à surmonter ses blessures en aidant les autres. Publié pour la première fois en français en 2024 et destiné aux jeunes lecteurs dès 8 ans, La soupe du cœur est désormais disponible en format poche.
Jordan est un adolescent britannique comme les autres, à ceci près qu’il a survécu à un cancer. En rémission après un traitement lourd, ponctué de séances de chimiothérapie qui lui ont fait perdre ses cheveux et vomir ses tripes, il tente de retrouver une existence normale dans la ville de Pondstead, où sa famille a récemment emménagé pour quitter la pollution londonienne. Mais l’intégration dans son nouveau collège s’avère compliquée, entre une mère devenue excessivement protectrice et les provocations répétées de Will, le « bad boy » de l’école.
Une bonne action aux conséquences inattendues
Un jour, presque par hasard, Jordan offre son thermos de soupe à un sans-abri qui campe dans le parc municipal. Au cours de son long séjour à l’hôpital, il avait promis à Rio, sa camarade de chambre, de ne jamais laisser passer l’occasion de faire une bonne action. Ce petit geste de générosité va se révéler déterminant et générer, de manière inattendue, un mouvement de solidarité envers les sans-abris de la ville, mobilisant aussi bien sa sœur Abigail, 17 ans, aspirante influenceuse YouTube, que les élèves et le directeur de son établissement.
Ben Davis s’est inspiré d’une histoire vraie pour écrire La soupe du cœur. Celle de Richard Brabin, un trentenaire britannique qui s’est fait connaître en lançant une initiative de financement participatif afin de distribuer à vélo des soupes aux sans-abri d’Oxford.
Un protagoniste immédiatement attachant
L’ensemble du récit est raconté du point de vue de Jordan, ce qui favorise une identification forte du lecteur au personnage. Jordan est d’ailleurs un héros particulièrement attachant : à la fois vulnérable et volontaire, anxieux mais profondément intègre. Les chapitres consacrés à sa vie à Pondstead alternent avec des extraits de son journal intime, rédigé pendant son hospitalisation.
Loin d’édulcorer la violence de la maladie, le roman décrit avec franchise les souffrances physiques et les angoisses liées aux séances de chimiothérapie. Pourtant, le ton reste constamment lumineux, porté par un message d’espoir et de résilience.
La relation naissante entre Jordan et Rio est touchante, même si elle emprunte parfois des chemins très prévisibles. La rivalité puis le rapprochement avec Will constituent en revanche l’aspect le moins convaincant du roman, le retournement final étant peu crédible.
Deux survivants face à leurs blessures
La rencontre de Jordan avec Harry, un ancien soldat devenu sans-abri, donne en revanche une dimension très intéressante au livre. L’expérience de la guerre chez l’un fait écho à celle de la maladie chez l’autre. Malgré leur différence d’âge et de condition sociale, les deux personnages sont confrontés à des traumatismes similaires : syndrome du survivant, stress post-traumatique, cauchemars récurrents et difficulté à reprendre le cours normal de leur vie. En partageant leurs angoisses l’un avec l’autre, ils parviennent à se délester d’une partie de leur fardeau.
La description de la dynamique familiale constitue enfin un autre point fort du roman. Abigail, la sœur de Jordan au caractère bien trempé, se révèle une alliée précieuse pour lui permettre d’affirmer son autonomie vis-à-vis de ses parents. Le père de Jordan, quoique soutenant, ne laisse pas transparaître ses émotions et se réfugie derrière l’humour pour affronter les situations difficiles.
Quant à la mère, elle reste prisonnière du traumatisme causé par la maladie de son fils et peine à contenir la peur constante de le perdre à nouveau. L’évolution des quatre membres de la famille au fil du récit en renforce la dimension humaine.
En définitive, avec son sentimentalisme assumé, La soupe du cœur est un roman jeunesse profondément feel good, porté par une foi sincère dans la bonté humaine.
