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    Entre les cordes, à feu et à sang

    Après la mort de sa sœur Fanta, Seydou s’est enfermé dans la colère. Sa rancœur est comme un feu qui le consume. Dans ses cauchemars, il ne cesse de revivre le moment où celle qu’il aimait plus que tout, malgré l’énervante habitude qu’elle avait de tricher aux cartes, s’est fait emporter par les flammes. C’était un incendie peut-être criminel, étouffé par un policier véreux.

    Heureusement, dans son malheur, Seydou découvre la boxe, qui opère sur lui un effet cathartique. Sur le ring, sa rage se transforme en coups. Et lorsqu’il percute ses adversaires, c’est un peu de sa souffrance dont il parvient à se débarrasser. Et surtout, Seydou n’est pas seul. Elias, son meilleur ami n’est jamais loin, avec sa coiffure de moine et son intérêt majeur pour la drague. Jusqu’au jour où, passé à tabac, Elias se retrouve plongé dans le coma. Seydou n’est plus l’enfant docile qu’il était quand sa sœur est morte. Cette fois, il ne laissera pas le crime impuni.

    Derrière l’omniprésence de la violence, se cache la vraie thématique du livre : l’abandon. Rakajoo raconte la réalité des immeubles vétustes, des affaires intentionnellement avortées, des pots-de-vin, et des petits caïds qui nourrissent l’ambition de devenir un jour de grands mafieux. Mais c’est aussi l’histoire d’une justice défaillante qui pousse les victimes à obtenir réparation par eux-mêmes. C’est un éco-système différent, sur lequel la loi ne semble exercer aucune influence.

    Il ne faut jamais juger un livre à sa couverture. Surtout quand celle-ci est à ce point différente de son contenu. Oubliez la promesse d’un dessin pictural et lumineux ! L’intérieur lui préfère un trait chirurgical, une esthétique réaliste ultra-numérisée, et des ambiances parfois si sombres que l’œil a du mal à s’y accommoder. Le style graphique est particulier. Le dessin est sans bavures. Et pourtant, à plein d’égards, il paraît froid. Voire même statique. Le comble pour un album qui s’intéresse à la boxe et, de facto, aux mouvements.

    Mais les trognes des personnages et surtout les cadrages alambiqués viennent contrebalancer cet aspect, en apportant au graphisme fraîcheur et dynamisme. Rakajoo maîtrise la perspective qu’il déforme avec une aisance manifeste et un plaisir contagieux. Il multiplie les points de fuite, proposant des vues en plongée, en contre-plongée et parfois à la limite du fish-eye.

    Entre les cordes – avec son réalisme, ses points de vue en rotation et son esthétique numérique assumée – donne parfois l’impression d’être dans un jeu vidéo. Ou de suivre les images filmées par caméra de surveillance. À cela, s’ajoute le choix de recouvrir le fond de la page en noir plutôt qu’en blanc, comme lorsqu’on choisit de limiter l’exposition de nos yeux à la lumière des écrans. Le parti-pris graphique est loin d’être inintéressant. Mais il déroute. Entre les cordes est un album qui ne plaira certainement pas à tous, mais qui a le mérite de ne pas rentrer dans les clous.

    Cheyenne Quévy
    Cheyenne Quévy
    Responsable littérature

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    Entre les cordesScénario : RakajooDessin : RakajooÉditeur : CastermanDate de parution : 25 mars 2026Genre : Thriller Après la mort de sa sœur Fanta, Seydou s’est enfermé dans la colère. Sa rancœur est comme un feu qui le consume. Dans ses cauchemars, il ne cesse de revivre le moment...Entre les cordes, à feu et à sang