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    Derrière le champ, l’adolescence à l’horizon

    Derrière le champ, il y a forcément quelque chose qui menace les enfants. Le père de Martin lui interdit de s’y rendre, prétextant que la zone est dangereuse. « Il s’est passé des choses terribles », a t-il affirmé, avec la fermeté d’un prédicateur. Il n’en faut bien sûr pas plus pour attiser les jeunes esprits qui fantasment sur des créatures extraterrestres.

    Martin vient d’atterrir dans une bourgade de campagne où, comme partout, les enfants, pour combattre l’ennui, se transforment en tyrans. Il s’entiche de Capucine qui, avec sa coupe garçonne et son amour pour les figurines, peine également à se faire des amis. Ensemble, ils vont donc chercher refuge dans leur imagination et poursuivre une quête qui pourrait les mener bien plus loin que l’arrière du champ.

    Derrière le champ se trouve à la lisière entre deux mondes. Plus que la frontière entre la réalité et l’imagination, c’est la frontière entre l’enfance et l’adolescence que Maxence Kerloc’h explore. L’auteur dont c’est le premier roman graphique s’intéresse à ce moment de passage durant lequel on croit encore aux aliens, tout en parlant de premières branlettes. Il nous raconte cet instant en équilibre dans lequel subsiste des reliques de l’enfance, mais qui doucement se défait de son innocence.

    Le dessin de Maxence Kerloc’h épouse assez bien le caractère extraordinaire de l’épopée dans laquelle se lancent les enfants. Son univers qu’on pourrait qualifier de sphérique – des yeux globuleux, des visages gonflés à l’hélium et des cadrages en fish-eye – s’éloigne de la réalité et souligne ce qui, dans l’enfance, se nourrit encore de l’imaginaire. Le ton est donné et il sera monochrome. Imprimé sur un papier légèrement épais et légèrement crème, l’album s’est offert une manufacture de qualité qui rend justice à son traitement du noir et blanc.

    Contrairement au design des personnages qui peut parfois sembler effrayant, la mise en couleur apporte une forme de douceur aux péripéties de Martin. Maxence Kerloc’h privilégie un travail peu contrasté, avec des valeurs de niveau de gris très proches, créant une atmosphère cotonneuse agréable visuellement, mais qui parfois manque un peu de cohérence. Certains détails s’effacent au profit d’une homogénéité colorimétrique. Derrière le champ perd parfois en clarté, tant au niveau du dessin qu’au niveau de la narration. Mais malgré ces très légers accrocs, Maxence Kerloc’h propose un premier album tout en finesse, élégant et enchanteur.

    Cheyenne Quévy
    Cheyenne Quévy
    Responsable littérature

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    Derrière le champScénario : Maxence Kerloc'hDessin : Maxence Kerloc'hÉditeur : CastermanDate de parution : 10 juin 2026Genre : Roman graphique Derrière le champ, il y a forcément quelque chose qui menace les enfants. Le père de Martin lui interdit de s’y rendre, prétextant que la zone est...Derrière le champ, l’adolescence à l’horizon