
De bonne foi
Scénario : Margueritte Boutrolle
Dessin : Margueritte Boutrolle
Éditeur : Dargaud
Date de parution : 17 avril 2026
Genre : Roman graphique
Judith Chevalier n’a pas, de la noblesse, que le nom. Tout chez elle souligne sa bourgeoisie : ses nattes blondes, son col claudine et son apparent désintérêt pour ce qui l’entoure. Elle est obnubilée par les études de droit qu’elle mène contre vents et marées. Mais ses notes sont en chute. Pour redresser la barre, la jeune femme décide donc de se terrer dans le domaine familial sur la côte bretonne. Au programme, un bûchage sévère ponctué de quelques escapades en voilier. Judith déteste la navigation, mais il faut bien dépoussiérer la bête.
La solitude, Judith se l’impose comme un châtiment. Dans cette vieille maison, tout semble vivant. La houle s’écrase bruyamment sur les rochers. Le parquet craque au moindre coup de vent. Mais ces petits bruits qui remplissent la demeure d’une présence fantomatique n’effraient pas l’étudiante. Du moins, ils ne l’effraient pas tant qu’ils restent des bruits. Mais quand Judith se retrouve nez-à-nez avec un homme dont la tête est mise à prix pour meurtre, c’est une autre histoire.
Plus qu’un thriller, c’est un récit social que nous offre Margueritte Boutrolle. Raymond Treillas, l’assassin, et Judith, avec sa gueule de première de classe, se sont déjà rencontrés. Elle est le symbole de cette bourgeoisie qui se réfugie dans sa seconde résidence sans jamais prendre part à la vie locale. Il est un enfant du port, les cheveux longs et les mains qui sentent la poiscaille. Elle est l’étudiante qui veut résoudre des problèmes en plaidant et lui, l’homme d’action qui se mouille pour les causes qu’il défend. De bonne foi ne met pas en scène, comme on pourrait le croire, l’affrontement du bien et du mal. Mais il oppose deux visions de l’engagement qui ne sont pas forcément irréconciliables.
La rencontre se produit durant les vacances de Toussaint 1979. Margueritte Boutrolle opte pour une palette couleur rouille qui souligne à la fois la période automnale, l’ambiance vintage et le goût du sang. Mis à part les tresses jaunes qui pendent du crâne de Judith, l’album reposent presque uniquement sur une association d’orange, de noir et de blanc. Et la simplicité de la palette est d’autant plus frappante que la jeune autrice qui signe sa troisième bande dessinée joue sur les ombres et les contrastes. Les onomatopées, les corps bizarrement proportionnés, le mouvement des vagues : tout semble exagéré, confinant au malaise. Finalement, ce n’est pas tant l’histoire qui marque dans De bonne foi, mais son identité graphique savamment réfléchie.
