[BIFFF 2022 : Cérémonie de clôture] Un hommage au surréalisme et un film pour s’envoyer en l’air

Un palmarès surréaliste

On a eu beau se gifler pour se réveiller, prendre une Troll, se dire que ça ne fait pourtant que trois ou quatre jours qu’on est là, reprendre une Troll, regarder le programme pour la millième fois, reprendre une Troll. Nous avons dû nous rendre à l’évidence. Le BIFFF, c’est fini. On avait pourtant encore tellement de questions en suspens. Pourquoi est-il si méchant ? C’est qui Tamura ? Qui a payé pour aller voir KipKap ? Quelqu’un est capable de prononcer Ajagajantharam dix fois de suite ? Des interrogations profondes restées sans réponse. Les réponses que nous avons en revanche reçues avant de voir Fall, c’est qui sont les grands gagnants du festival ! Parce qu’on l’oublierait parfois mais il y a des prix décernés au BIFFF. Oui oui, on ne voit pas tous ces films uniquement pour se marrer et crier des conneries.

Et force est de constater que les différents jurys nous ont concocté un chef d’œuvre pour clôturer le festival comme il se doit. En effet, pour l’année où le festival lançait un focus belge sur le cinéma de genre, ils ont décidé de rendre un hommage à leur manière au surréalisme belge dans leurs choix. En effet, comment expliquer autrement que ce soit Vesper qui remporte le Golden Raven alors qu’il se retrouvait face à des films comme Huesera, Summer Scars ou Studio 666 ? Ce dernier recevra d’ailleurs une mention spéciale du jury tandis que Summer Scars et Virus-32 se verront remettre chacun un Silver Raven. Encore plus absurde, le prix du Meliès européen était remis à Moloch. Une décision que Magritte lui-même n’aurait pas renié même si le jury aurait pu aller plus loin dans le surréalisme et le donner à Rubikon que notre cher Loïc avait particulièrement apprécié.

Le surréalisme, c’est la marque de fabrique du White Raven (de cheval !) et le prix n’a pas manqué à sa réputation en consacrant l’incompréhensible Life of Mariko in Kabukicho. Une décision tempérée tout de même par la mention spéciale reçue par Redemption of a Rogue. Quant au petit nouveau, l’Emerging Raven, il était remis à Kappei avec une mention spéciale aussi à l’excellent Zalava. Le Black Raven enfin allait à Nightride et son plan séquence avec une mention spéciale (encore) à Limbo. Pointons tout de même un manque de communication entre les différents jurys puisque le prix de la critique et le prix du public étaient les seuls à ne pas suivre les décisions kafkaïennes des autres compétitions et étaient remis respectivement à Piggy (avec une mention spéciale pour Huesera) et à Mad Heidi.

Un superbe hommage et on attend maintenant de connaître les vrais gagnants des différents prix du festival.

Fall : un bon film pour s’envoyer en l’air

« Ferme les yeux et pense à autre chose », « Elle est beaucoup plus grande vue de près », « Tu peux y arriver, on va la monter ensemble », « C’est 600m jusqu’au sommet », « L’ancienne Becky l’aurait fait », « Je ne pensais pas que ça me toucherait autant », « Faisons ça vite fait bien fait Becky ».

À votre avis, ces phrases proviennent-elles de Fall ou d’un film pornographique ? Aaaah c’était un piège, elles proviennent toutes de Fall ! Même si on peut aussi sûrement les retrouver dans divers films pour adultes, je ne suis pas expert en la matière.

Autant vous prévenir tout de suite, il ne faut pas avoir le vertige pour pouvoir apprécier Fall. Jonathan peut vous en dire quelque chose. En revanche, il faut aussi savourer les chutes un peu prévisibles pour le savourer. Vous avez compris ? Chute, Fall. Bref. Le film de Scott Mann suit Becky qui a perdu son copain en pleine escalade d’une montagne. Et puisqu’il faut s’appeler Gandalf pour survivre à une chute pareille, elle déprime un peu. Jusqu’à ce que sa meilleure pote Hunter, dont on sait depuis le début du film qu’elle s’est sûrement tapée son mec, ne lui propose l’ascension d’une grande tour de 600 mètres (deux Tours Eiffel). Bien sûr, rien ne va se passer comme prévu et les deux amies vont se retrouver coincées en haut de la tour. C’est le début d’un huis-clos en plein air sur le toit du monde. Un huis-clos qui navigue entre certaines longueurs, une tension parfois bien amenée mais qui a du mal à s’entretenir et un twist final un peu forcé. Un film qui a donc parfois un peu de mal à prendre de la hauteur (ahah) mais qui tombe à pic (ahahah) pour finir le festival tranquillement.

L’occasion aussi pour finir en beauté de remercier tous les bénévoles, les stagiaires, les employés du BIFFF et les membres de l’organisation pour ces deux semaines exceptionnelles. Le BIFFF nous avait tellement manqué pendant 2 ans et vous avez réussi à rendre son retour encore plus merveilleux. Merci. Et bravo à Guy Delmotte, un des fondateurs du festival qui tire sa révérence cette année, pour ces 40 ans de magie savamment entretenues.

Parce qu’on ne le répètera jamais assez, le BIFFF c’est le meilleur festival du monde. O.E.

Palmarès des court-métrages :

Short Grand Prix : Sangue Nero d’Ophélie Nève.

Short Prix BeTV : Sylvie l’a fait d’Adrien Orville.

Short Prix La Trois : Souvenirs de la Lune d’Antoine Dricot.

Short Prix Jeunesse : Souvenirs de la Lune d’Antoine Dricot avec une mention spéciale à En Fin de Conte de Zoé Arene.

Short Méliès d’Argent : Night Breakers de Gabriel Campoy.

Short Prix du Public : Friandise de Rémy Barbe.

 

Palmarès des long-métrages

Mélies Competition (European Competition)

Silver Méliès : Moloch de Nico van den Brink

Thriller Competition

Special Mention to Limbo de Soi Cheang
Black Raven : Nightride de Stephen Fingleton.

Critics Award

Special Mention to Huesera de Michelle Garza Cervera
Critic Award: Piggy de Carlota Pereda

White Raven Competition

Special Mention to Redemption of a Rogue de Philip Doherty
White Raven : Life of Mariko in Kabukicho de Eiji Uchida et Shinzo Katayama

Emerging Raven Competition

Special Mention to Zalava d’Arsalan Amiri
Emerging Raven : Kappei de Takashi Hirano

Audience Prize

Mad Heidi de Johannes Hartmann et Sandro Klopfstein.

International Competition

Special mention to Studio 666 de BJ McDonnell
Silver Raven : Virus 32 de Gustavo Hernandez
Silver Raven : Summer Scars de Simon Rieth
Golden Raven : Vesper de Kristina Buozyte et Bruno Samper

A propos Olivier Eggermont 100 Articles
Journaliste du Suricate Magazine