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    Avaler la lune, la forêt : l’herbe est toujours plus verte ailleurs

    Neuf mois après la naissance du premier, Lucie Castel, Robin Cousin et Gregory Jarry remette le couvert pour un second volet de la saga Avaler la lune. Et contrairement à ce que son titre La forêt indique, le cadet de cette trilogie galactique se passe exclusivement sur l’Astre de la nuit. Alors, attention, alunissage imminent.

    Contre toute attente, et y laissant sa santé au passage, Agafia l’a fait. Elle a atteint la terre promise de ses ancêtres ; la lune. Car dans un monde futur, l’espèce humaine qui a transféré ses espaces verts sur ce satellite, a précipité sa chute. Ou du moins, sa chute sur la terre. L’idée semblait pourtant bonne au départ, quoique illusoire et éthiquement critiquable. Apporter le nécessaire à la vie – c’est-à-dire la végétation – pour coloniser des espaces qui n’auraient pas encore souffert des ambitions humaines. Pendant le temps de l’opération, les organisateurs se sont fait criogénisés, certains avec de meilleurs résultats que d’autres.

    La mère d’Agafia avait donc connu le plaisir de se réveiller d’un sommeil de 500 ans, baignant dans une sorte d’azote liquide, les os en frigolite et une terre en vrac. Agafia est donc, dans le tome 1, missionnée pour rejoindre la lune afin de pouvoir constater l’échec ou la réussite du projet. Mais le chemin est long, surtout quand on le passe encapsulée dans un suppositoire lancé à grande vitesse. Et surtout, il n’est pas sans risques, comme le constate Agafia qui atterrit blessée.

    Mais ce qu’elle découvre est lunaire – c’est le cas de le dire. Une végétation luxuriante a envahi ce satellite hostile. Des plantations de corail sont protégées sous une grande bulle supposée conserver l’oxygène. Une version 2.0. de l’humain, avec la peau translucide, vit, amassée dans cette prison dorée. Ils ne peuvent sortir de la bulle qui les encercle sinon ils risquent de mourir.

    Ou plutôt de se planter. Car sur cette nouvelle lune, les humains s’engagent dans ce qu’ils appellent une seconde vie, mais qui pragmatiquement s’apparente à la mort, en s’enracinant dans la terre. C’est ce que risque d’ailleurs Agafia que la traversée spatiale a bien amochée. Mais avec le soutien d’un nouvel ami, l’adolescente s’accroche à ce qu’il lui reste d’espoir. D’autant qu’elle est sur le point de rencontrer l’instigateur de ce projet fou, Aleksander, généticien brillant mais controversé.

    Comme pour son prédécesseur, la force de La forêt, c’est sa palette de couleur énergique. Et la végétalisation de la lune sert de prétexte aux auteurs pour laisser la place à l’exploration graphique. Tout dans le dessin paraît tentaculaire et mouvementé. Avaler la lune s’affranchit du réel pour mieux le réinventer. Mais le petit moins se trouve dans l’aspect narratif de cet album qui est parfois avare en rebondissements. Si ce n’est une déambulation sur la lune, il ne se passe pas énormément de choses. Et l’effet de surprise est atténué par les longs mois qui ont séparé la sortie des deux albums.

    Cheyenne Quévy
    Cheyenne Quévy
    Responsable littérature

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