Comme tout bon festival, Anima représente un tremplin pour les professionnels. En invitant quelques figures emblématiques à parler de leur travail, ce rendez-vous de l’animation s’impose comme un véritable lieu de partage. Voire de passation. Et pour son 45ème anniversaire, il faut reconnaître que le festival n’a pas fait les choses à moitié. Meg LeFauve, scénariste primée de Vice Versa, a traversé l’Atlantique pour prodiguer quelques précieux conseils, lors d’une masterclass qui s’est tenue ce mardi 24 février 2026.
Il faut avoir vécu dans une grotte pour être passé à côté du phénomène Vice Versa. Et à raison. Comment peut-on ne pas succomber au charme de Riley, une enfant dont les sentiments sont guidés par des drôles de personnages qui habitent son esprit ? L’universalité de son sujet explique en partie le succès de ce dessin animé produit par Pixar qui traduit avec intelligence le passage des émotions à travers les âges.
Derrière ce triomphe, il y a une équipe qui s’est creusé les méninges. Imaginer des personnages qui sonnent justes n’est pas chose facile, surtout quand ceux-ci symbolisent la colère ou encore la joie. Comment écrire des personnalités qui tiennent la route, capables de toucher et de captiver le public ? Comment les rendre vivants à travers leur sensibilité ? Voilà autant de sujets qui animent la scénariste et qu’elle s’est proposée d’explorer lors de sa masterclass.
Humanité comme mot d’ordre
C’est l’humain qui semble guider Meg LeFauve dans sa conception de l’écriture. L’envie de partager prédomine chez cette scénariste qui accorde beaucoup d’importance à l’encouragement des artistes émergents. Dans son podcast, The screenwriting life with Meg leFauve and Lorien McKenna, elle discute du métier, de la situation du marché et des émotions rencontrées lors du processus créatif. Elle y parle de l’échec, par exemple, rappelant à ceux qui se lancent que d’autres sont passés par là avant eux. Privilégier la quantité à la qualité est le meilleur conseil qu’elle peut leur donner. Il ne faut pas tout miser sur un seul scénario, mais en faire plusieurs qui sont eux-mêmes sujets à révision.
L’humanité, c’est aussi ce que Meg LeFauve cherche à développer chez ses personnages. Tous doivent être authentiques. Et surtout authentiquement humains. Leur caractère dépend en partie de ce que le film doit raconter et des attentes de son public. Cela dit, Meg LeFauve n’est pas douée pour l’écriture d’archétypes. Ce qui lui importe chez ses personnages, ce sont leurs relations et comment ils s’adaptent avec le monde. Joy, par exemple, fait face à ce qui la submerge avec optimisme. Elle part du principe qu’elle trouvera une solution. C’est sa manière d’interagir avec ce qui l’entoure.
« Tous les personnages, quel que soit leur genre, doivent être authentiquement humains »
Et, enfin, il ne faut pas oublier que la coopération est au cœur de son métier. Meg LeFauve fait partie d’une équipe dont chaque élément semble nécessaire à la création de l’histoire. Meg LeFauve n’hésite pas, non plus, à rappeler qu’en tant que scénariste, elle travaille au service du réalisateur, en l’occurrence pour Vice Versa, Pete Docter. Pour elle, il est comme un chef d’orchestre. C’est donc de lui que viennent les idées. Celle de Vice Versa, par exemple, lui a été inspirée par sa fille.
Une success story qui ne vient pas sans efforts
Après avoir travaillé pour Egg Picture, la société de production de Jodie Foster, Meg Lefauve décide de se tourner vers ce qui l’a toujours fait rêver : l’écriture. Et malgré l’accès privilégié au monde de l’audiovisuel que son ancien poste lui offrait, Meg LeFauve se confie sur les difficultés qu’elle a rencontrées en se réorientant. Lâcher Egg Picture, c’était dire au revoir à une grande partie de son carnet d’adresses.
Chez Pixar, elle peut enfin réaliser ses rêves. Mais pour autant, le chemin n’est pas toujours facile. Meg LeFauve nous révèle la quantité de travail que son poste représente. L’exercice pénible de réécriture fait, par exemple, partie intégrante de ses fonctions. Meg LeFauve le voit même comme une nécessité. Sur le sujet, elle peut se montrer radicale. Selon elle, lorsqu’il y a un souci, c’est sur l’entièreté qu’il faut se pencher. Il ne faut pas voir le problème comme fonctionnant de manière indépendante du reste. « C’est le symptôme d’une maladie » précise-t-elle. Dans Vice Versa, la réécriture s’est imposée suite à un constat : personne n’aimait le caractère de Joy. Meg LeFauve se rappelle comment le manque d’attache à l’un des personnages principaux lui a donné du fil à retordre.
« Avoir un problème avec un dialogue, c’est comme dire qu’il y a un problème avec le papier peint, alors que toute la fondation de la maison ne fonctionne pas »
Souvent associée à son plus grand succès, il est facile d’oublier que la carrière de Meg LeFauve ne s’y résume pas. Le voyage d’Arlo, par exemple, n’a pas eu l’audience qu’il méritait parce qu’il s’est fait évincé par de grosses productions Pixar. Mais c’est, selon elle, un film qui parvient à transmettre beaucoup d’émotions. Et dans son cœur, il occupe une place particulière car il évoque le deuil, alors qu’elle-même est touchée par la mort de son père.
« Il faut juste faire le travail le plus authentique, même si tu ne sais pas ce qui se passera ensuite »
Pour ceux qui auraient loupé l’occasion de constater la générosité et l’enthousiasme avec lesquels Meg LeFauve parle de sa profession, pas de panique ! D’autres rencontres sont organisées durant le festival, notamment avec l’équipe du film Arco, avec Emilie Tronche ou encore avec Kelzang, cofondateur du Temple caché.

