
A bientôt de nous aimer
Scénario : Ana Oncina
Dessin : Ana Oncina
Éditeur : Leduc
Date de parution : 8 avril 2026
Genre :Roman graphique
Valentina habite dans un cabanon rudimentaire, niché au cœur de la forêt. Avec son chien Soupe, elle profite d’une nature couleur citrouille. L’automne s’installe sans déteindre sur sa belle chevelure, d’une blancheur immaculée. Cette ermite n’a pas peur du froid qui va doucement poindre, à mesure que l’hiver approche. Elle ne craint pas non plus la solitude. Mais doucement, elle se met à appréhender les nuits, et surtout ce drôle de rêve qui s’invite dans son sommeil.
Val3 est une version avancée de l’être humain. La dernière génération d’une lignée d’humanoïdes expatriés sur Centurion, plus communément appelée Planeta. Pour éviter qu’il ne se produise la même chose que sur terre – pillage des ressources, multiplication des pandémies et crise climatique – les gens vivent en couple dans des dômes de verre, où ils ne manquent de rien grâce à la réalité virtuelle. Sur Planeta, il fait toujours nuit noire. Malgré la nature hostile, le divertissement, comme le regroupement, est possible grâce à une technologie ultra-réaliste. Mais quand Val3 commence à faire des rêves étranges, elle se rend compte qu’une autre vie est peut-être possible.
Valentina et Val3 sont deux faces d’une même pièce. Une même personne lâchée dans deux univers différents. La première assume sa liberté et la seconde découvre que la sienne est compromise. Pourtant comme l’intelligence artificielle spécialisée en psychologie le fait remarquer à Val3 : « Il n’y a aucune limite. Vous pouvez faire tout ce que vous voulez. La seule chose entre vous et la liberté totale est un casque ». Mais justement, c’est ce casque qui entrave le bonheur de Val3 qui commence à comprendre son monde pour ce qu’il est : une prison d’argent.
Outre le rêve, c’est l’amour qui relie les deux versions de Val. Anne ou An3 semble être l’âme-sœur de cette jeune femme curieuse et indépendante. Anne est d’ailleurs tout ce qu’elle n’est pas : docile et extravertie. Mais comment peut-on continuer à aimer quand on ne sait pas qui l’on est ? Ana Oncina reprend le storyline des comédies romantiques qu’elle tape dans une dystopie au croisement entre Black Mirror et Inception.
À bientôt de nous aimer est à l’image de son sujet : aseptisé. L’univers graphique d’Ana Oncina est purifié à l’extrême pour ne garder qu’une gamme réduite de couleurs et un trait simple mais réaliste. Quand elle le peut, l’autrice espagnole n’hésite pas à s’aider de la géométrie, multipliant les jeux de perspective. Son dessin épuré se marie bien à l’absurdité de son histoire, intensifiant le sentiment de malaise. En appuyant les regards et en jouant sur le découpage, Ana Oncina rappelle que l’enjeu de son projet se trouve dans la dualité. Et finalement elle parvient à nous perdre : qu’est-ce que la réalité ?
