
Wicked : partie II
Réalisateur : Jon M. Chu
Genre : Aventure, Comédie musicale, Fantastique, Romance
Acteurs et actrices : Ariana Grande, Cynthia Erivo, Jonathan Bailey
Nationalité : USA
Date de sortie : 19 novembre 2025
Alors que le peuple se révolte contre la Méchante Sorcière, Glinda (Ariana Grande) et Elphaba (Cynthia Erivo) doivent s’allier une dernière fois. Liées par une amitié profonde, elles apprennent à se comprendre et à se pardonner pour changer leur destin — et celui d’Oz — à jamais.
2h17 de comédie musicale : c’est long. Alors 2h17 d’une sorcière verte, d’animaux CGI, de pastels scintillants et de singes volants… on peut y aller à reculons. Un énième pilier de la pop culture revisité en superproduction n’a à priori rien de charmant, surtout lorsque le propos semble déjà entendu : elle n’est pas méchante, elle est incomprise. (L’intention reste louable — comme chez Cruella ou Maléfique — mais l’exécution s’avère souvent maladroite et lestée de nouvelles injonctions).
Et pourtant, Wicked : Partie II parvient à dissiper ces doutes. Au bout de vingt minutes, les centaines de millions dépensés paraissent soudain bien investis. Comme dans le premier volet, les décors et costumes impressionnent par leur richesse. Chaque bijou, chaque accessoire est tangible, pensé pour son personnage. Les décors, en grande partie construits pour le film (dont les neuf millions de tulipes déjà plantées pour le premier), donnent une texture rare au blockbuster. Une héroïne verte, oui, mais pas la facilité des écrans verts.
En toile de fond, la parabole politique s’épaissit : le Magicien et son régime traquent tout ce qui sort du cadre, de la sorcière verte aux animaux parlants. Une métaphore très évidente mais redoutablement actuelle. Et difficile d’ignorer l’héritage queer du Magicien d’Oz, véritable talisman culturel depuis les années 40 — les fameux « amis de Dorothée ».
L’ombre de Dorothée plane d’ailleurs sur le film, davantage comme un outil narratif que comme un véritable personnage. La tentative un peu forcée de raccorder ce prequel à l’histoire originale fait sourire, mais les easter eggs abondent : clins d’œil au film de 1939, répliques glissées en douce — dont “Get stuffed !”, première pique d’Elphaba à Fiyero dans le volet précédent —, hommages à Mariage royal et Le Dictateur, et même un jeu de rôle irrésistible où Erivo et Bailey font enfin exploser la tension avec, c’est mythique : “For the first time I feel wicked.” »
Si la légèreté et l’humour du premier film nous manquent (ah, les hair toss d’Ariana Grande !), la tragédie trouve ici sa juste place. Wicked : Partie II est avant tout une histoire d’amitié féminine. Le prince (Jonathan Bailey, impeccable) importe peu (peut-être qu’il n’est qu’un feu de paille). La révolte est un cadre. L’émotion, elle, se loge dans le lien entre les deux sorcières, qui démonte la binarité établie par Le Magicien d’Oz. Ariana Grande et Cynthia Erivo cultivent leur alchimie surprenante, sincère et bouleversante. Ça fonctionne: c’est émouvant et profondément divertissant.
En bref : allez-y. Et ne soyez pas surpris si vous vous retrouvez à chanter à tue-tête “No One Mourns the Wicked” en rentrant… puis à relancer le premier volet dans la foulée (oui, celui qui dure 2h40).
