Utoya 22 juillet, le drame d’Utoya par le prisme du plan-séquence

Utoya 22 juillet
d’Erik Poppe
Drame, thriller
Avec Andrea Berntzen, Aleksander Holmen, Brede Fristad, Solveig Koløen Birkeland
Sorti le 5 décembre 2018

Le 22 juillet 2011, la Norvège est frappée par deux attentats terroristes perpétrés par le même homme, Anders Behring Breivik, un extrémiste de droite âgé de 32 ans. Après avoir fait exploser une bombe dans le quartier fédéral d’Oslo, Breivik se rend sur l’île d’Utoya où se tient un camp d’été des jeunes du parti travailliste, tue 77 personnes et en blesse grièvement 99. Il finit par être arrêté après un massacre qui dura 72 minutes. Ces faits chiffrés, le film d’Erik Poppe, Utoya 22 juillet, les rappelle sobrement par le biais d’intertitres.

En l’espace de deux mois nous sont arrivés pas moins de deux films sur la tragédie d’Utoya. Le premier à nous arriver l’a fait par la voie de Netflix et est visible en ligne, il s’agit de 22 juillet de Paul Greengrass. Le second est désormais sorti en salles et il s’agit donc de cet Utoya 22 juillet. Là où le film de Greengrass entreprenait de faire la chronique des faits par le menu en commençant par la préparation du terroriste avant son passage à l’acte et en déroulant en récit détaillé et didactique jusqu’à sa condamnation, celui d’Erik Poppe se concentre sur le massacre en tant que tel, en suivant un groupe de jeunes tentant d’y survivre, en temps réel, et en ne montrant jamais le visage du terroriste.

Si le film Netflix apparaît comme une sorte de docu-drama amélioré et s’empêtre dans sa volonté de tout décrire, de tout montrer, sans réel point de vue sur ce qu’il filme, Utoya 22 juillet a au moins le mérite de vouloir aborder le drame sous un angle précis, cinématographique, et de se soustraire à une certaine forme de neutralité de bon aloi. Erik Poppe fait le choix de tourner son film en un long plan-séquence unique de 90 minutes et suit ses protagonistes – des personnages fictifs inspirés de témoignages réels – de très près, la caméra à l’épaule.

Si le résultat peut provoquer des sentiments mitigés, principalement parce que le film n’hésite pas à jouer sur l’affectif et sur le suspense morbide quant au destin de tel ou tel personnage, il ne peut également qu’induire une certaine admiration, par le travail qu’il accompli, les défis de mise en scène qu’il se donne et surmonte. Utoya 22 juillet est une prouesse en soi, une sorte de morceau de bravoure filmique. Mais ce statut de « film de mise en scène » soulève in fine des questions éthiques : faut-il réellement privilégier la maîtrise formelle dans le cas de films relatant de pareils drames ? Peut-on vraiment faire de la fiction à partir d’évènements comme celui-ci ?

Thibaut Grégoire
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Journaliste du Suricate Magazine