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    Un héros très discret : le film très discret de la filmographie d’Audiard

    Il y a 30 ans, lors de la troisième semaine de mai 1996, sort Un héros très discret, le deuxième film de Jacques Audiard. Et même s’il est un peu oublié au milieu de sa florissante filmographie, il est intéressant de revenir dessus.

    Le réalisateur est le fils du célèbre dialoguiste Michel Audiard et c’est naturellement vers le cinéma que Jacques, jeune homme, décide de se tourner. Tout d’abord assistant réalisateur et monteur (sur par exemple Le Locataire de Roman Polanski), il devient ensuite scénariste. Tout d’abord sur une réalisation de son père (Bon baisers… à lundi) avant de travailler en collaboration avec lui (Mortelle Randonnée de Claude Miller) ou pour Georges Lautner (Le Professionnel), collaborateur de longue date du paternel, avant de tout doucement s’émanciper. 

    Matthieu Kassovitz et Jean-Louis Trintignant dans Regarde les hommes tomber

    Au milieu des années 90, il se rend compte qu’il a besoin de plus pour s’exprimer et passe à la réalisation en mettant en scène Matthieu Kassovitz et Jean-Louis Trintignant en truands minables dans Regarde les hommes tomber. Le film est très remarqué et décroche 3 Césars : celui du premier film, du meilleur montage et du meilleur espoir pour Kassovitz. Jacques est sûr, il a trouvé sa voie et se lance directement dans un nouveau projet. 

    Jean-François Deniau

    Il rappelle son duo de comédiens et se lance dans l’adaptation du livre Un héros très discret de Jean-François Deniau, un homme politique français qui a aussi écrit plusieurs livres dont celui-ci, écrit en 1989, qui serait inspiré potentiellement par une personne qu’il aurait croisée à la fin de la guerre, ou du moins inspiré de tous ces gens qui, dans le chaos de la Libération, se sont créés une réputation plus ou moins véridique. Cette thématique du mensonge et de l’imposture est du pain bénit pour le cinéaste qui y voit tout le potentiel cinématographique. De plus, il y voit l’opportunité de parler de la guerre autrement, lui qui, né dans les années 50, a grandi avec le concept de résistancialisme, ce mythe qui tend à célébrer la Résistance comme la norme durant la guerre (comme on en parlait déjà au mois de février dans notre chronique sur le film La Bataille du rail de René Clément). 

    Matthieu Kassovitz

    Pour incarner ce héros très discret qui va, à la Libération, s’inventer une vie de résistant pour devenir le héros qu’il a toujours rêvé d’être, c’est Mathieu Kassovitz qui est choisi par Audiard car il apprécie beaucoup l’acteur de son premier film malgré que c’est par la réalisation qu’il a obtenu le succès (La Haine est sorti l’année précédente et a décroché le Prix de la mise en scène à Cannes et a lancé la carrière du réalisateur). Il en profite aussi pour rappeler Jean-Louis Trintignant qui cette fois jouera Kassovitz vieux. 

    Matthieu Kassovitz

    C’est d’ailleurs par ce personnage que le film va montrer son originalité. Si les parties vécues par Albert, que joue Kassovitz, sont bien cinématographiques, Jacques Audiard décide de brouiller volontairement les pistes en donnant au témoignage d’Albert vieux, joué par Trintignant, un aspect documentaire. Est-ce que cet Albert a réellement existé ou non ? Pour encore renforcer l’ambiguïté, le réalisateur parsème aussi cette partie documentaire de faux témoignages de vrais historiens ou anciens résistants. 

    A sa sortie, le film n’est pas un énorme succès au box-office et est le grand perdant de la cérémonie des Césars de 1997 alors qu’il était nommé dans plusieurs catégories comme meilleur montage, meilleure musique, meilleur acteur et meilleure actrice dans un second rôle et pour le meilleur scénario original. Ce dernier prix, il l’avait pourtant gagné l’année précédente lors du Festival de Cannes. Il ne sera pas le seul film à échouer aux Césars après avoir gagné à Cannes : Daniel Auteuil perdra aussi le prix du meilleur acteur en 1997 alors qu’il l’avait obtenu en 1996 en compagnie de Pascal Duquenne. Mais on aura tout le loisir de revenir sur Le huitième jour car c’est justement le film choisi pour la semaine prochaine.

    Jacques Audiard

    Malgré les qualités de ce film, Audiard mettra cinq ans avant de pouvoir repasser à la réalisation et c’est sûrement le succès de Vénus Beauté Institut, dont il co-signera le scénario avec la réalisatrice, Toni Marshall et Marion Vernoux, qui lui permettra de revenir sur le devant de l’affiche. Le scénario étant primé à la cérémonie des Césars de 2000. Après une nomination pour le scénario de Regarde les hommes tomber, le prix du scénario à Cannes pour Un héros très discret et ce César-ci, les producteurs doivent se rendre à l’évidence, le gars n’est pas manchot pour écrire et il est temps de lui redonner sa chance à la réalisation. 

    Emmanuelle Devos dans Sur mes lèvres

    Il reprend alors l’écriture de Sur mes lèvres qu’il avait commencé à la fin des années 90 en compagnie du romancier Philippe Djian. Mais un différend artistique les a éloignés et l’écriture est reprise à zéro, cette fois en compagnie d’un autre auteur, Tonino Benacquista. Le film est un gros succès et aux Césars, il obtient un prix pour l’actrice principale, Emmanuelle Devos, pour le son et pour, bien sûr, le scénario ! Le projet suivant, De battre mon cœur s’est arrêté, le couronnera enfin comme réalisateur et lancera l’énorme carrière de Jacques Audiard et fera de lui la personnalité la plus récompensée aux Césars. 

    Albert Dupontel et Matthieu Kassovitz

    On se souvient du premier film du réalisateur, évidemment ; on retient aussi l’enchaînement des succès à partir de Sur mes lèvres, mais on a tendance à oublier ce Héros très discret qui a pourtant d’énormes qualités, ne fût-ce que pour l’originalité de son propos ou pour le casting impeccable : Mathieu Kassovitz, Sandrine Kiberlain, Albert Dupontel, Anouk Grinberg, Jean-Louis Trintignant, François Berléand, etc. Il semble que ce soit assez d’arguments pour vous donner envie de (re)découvrir ce film, non ?

    Loïc Smars
    Loïc Smarshttp://www.lesuricate.org
    Fondateur, rédacteur en chef et responsable scènes du Suricate Magazine

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