« Un bon féministe », péril viril

Titre : Un bon féministe
Auteur : Iván Repila
Editions : Chambon
Date de parution : 6 janvier 2021
Genre : roman

Un jeune journaliste tranquillement installé dans sa vie, charriant dans son sillage les positions patriarcales de sa famille, se demande comment devenir un allié de la cause féministe. Il rencontre Najwa, une jeune militante féministe dont il tombe amoureux. Auprès d’elle,  il se rend compte que le travail à abattre est encore long et lourd. Et qu’il faudra y injecter un peu plus de radicalité, provoquer une réaction vive pour réellement changer le système. Pour cela, rien ne vaut alors la création d’un groupe de purs machos blessés dans leur virilité et convaincus de partir en croisade. La guérilla est donc lancée à coup d’œufs, d’occupation d’espaces de conférences féministes, de harcèlements dirigés et de réputations salies.

Une mare de bassesses finement menée par un commando monté à bloc et mûrement réfléchie par cet amoureux nouvellement conscientisé. Entre plaisir et colère à la lecture de ces dernières, on ne peut nier leurs efficacités d’actions et de réactions, tant dans l’histoire que dans notre manière de les recevoir. Les actions portées par l’Etat Phallique – comme ils se sont nommés fièrement – sont extrêmement violentes et le lecteur est ballotté entre le plaisir coupable de lire voire de rire des situations et le malaise de se dire qu’à quelques degrés près, tout cela se rapproche d’une certaine réalité.

L’ambiance devient chaotique, les foules s’agitent et se positionnent, les partisans versus les opposants, les amoureux s’éloignent, les femmes contre-attaquent à la hauteur des injures et humiliations reçues et l’histoire rentre alors dans un mode dystopique assez intéressant. D’une révolution violente naît un changement politique qui modifie le paradigme existant ; on suit l’évolution de la lutte, des revendications et des discussions et tout ce processus semble vraisemblable.

L’auteur ne cherche pas à convaincre du bien fondé d’être féministe, c’est un fait. Ce qu’il cherche à produire, c’est une réaction vive en forçant le trait (parfois il suffit de peu), à la fois concernant le fond et concernant la forme. A nous lecteurs d’en tirer ce que l’on voudra.

Un bon féministe est donc une poupée russe littéraire. On retrouve un peu de politique, un peu de sociologie, du trash et de l’humour noir, beaucoup de dystopie ainsi qu’un peu de romance tragique. Et le moment passé en compagnie de ce maelström est fort agréable !

A propos Elodie Kempenaer 110 Articles
Journaliste