
To the Victory !
Réalisateur : Valentyn Vasyanovych
Genre : Docufiction
Nationalité : Ukraine
Date de sortie : 2026
To the Victory ! se déroule dans une Ukraine d’après-guerre. La victoire est passée. Le pays n’est plus envahi, mais il est aussi vidé. Le film ne regarde plus la guerre. Il observe ce qu’il en reste quand le bruit s’est tu.
Valentyn Vasyanivych se met en scène dans ce docufiction en tant que réalisateur privé de cinéma, qui tente de continuer à vivre en compagnie de son fils dans un pays qui ne sait plus comment avancer. Sa femme et sa fille vivent à Vienne et hésitent à revenir. Lui reste. Il attend. Il boit en levant son verre « à la victoire ». Il s’accroche à l’idée que la normalité reviendra.
Le film capte avec précision le fossé déchirant entre ceux qui restent prisonniers de la guerre et ceux qui regardent déjà ailleurs. Valentyn s’obstine à retirer le papier collant qui barricade les fenêtres de la chambre de son fils, pendant que celui-ci lui vante les vertus des réseaux sociaux. Valentyn s’obstine à filmer son ami appelant sa fille en visio, quand celui-ci ne pense qu’à la rejoindre dans sa nouvelle vie en Espagne.
Les plans fixes enferment les personnages dans des espaces immobiles. Ils semblent coincés dans le cadre comme Valentyn dans ce pays en reconstruction. La mise en scène refuse le spectaculaire et préfère observer les silences, les gestes usés, les conversations.
Le film est presque dépeuplé. Les femmes y sont absentes ou lointaines. To the Victory ! est presque un buddy movie mélancolique, maladroit et touchant. Entre nuits à boire jusqu’à ne plus tenir debout et idées de scénarios, Valentyn et ses compagnons/acteurs cherchent la marche à suivre. Doivent ils rejoindre leurs familles, leurs enfants qui grandissent ailleurs depuis des années, ou rester ?
Pour Valentyn, le choix se fait, malgré lui.
Le regard est brut, mais pas cynique. Le film montre bien que les guerres ne s’arrêtent pas avec les cessez-le-feu. Elles laissent des blessures lentes à cicatriser. Pourtant, une forme d’espoir traverse le récit à travers la relation entre Valentyn et son fils. Dans la dernière scène, il lui apprend à conduire en lui laissant le volant de la voiture de son propre père. Un geste simple qui devient une transmission, et une ouverture pour laisser les rênes à la génération suivante, sur une route dégagée.
