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    Two to One, tout et rien à la fois

    Il y a des longs-métrages qui, sur le papier, ont tout pour être réussis : un pitch intéressant, des personnages originaux, un cadre surprenant. Cependant, tout ça ne fait pas forcément un bon film, il faut encore parvenir à valoriser tous ces éléments sous peine, comme il en est pour Two to One, de s’arrêter au film d’idées. Parce que, oui, en termes d’idées, le long-métrage est super. 1990, Allemagne de l’Est, un petit groupe de camarades croyant toujours à l’idéal communiste trouve le moyen de faire sortir clandestinement une quantité astronomique d’ostmark afin de les convertir en deutsche mark, monnaie de la nouvelle Allemagne unifiée. L’immeuble où vit Maren devient une véritable petite communauté vouée au blanchiment de ces millions au moment où son amour de jeunesse revient mettre un peu de chaos au sein de sa famille.

    Premièrement, le film souffre d’une certaine dissonance dans sa tonalité. Car si une très grande partie du long-métrage est d’une légèreté assez réjouissante et donne une image de l’Allemagne de l’Est éludée par des récits ne se focalisant que sur la rudesse du régime communiste, certaines séquences adoptent un ton beaucoup plus grave, qui confine à un sérieux difficile à suivre tant le reste n’est pas traité de manière dramatique. Résultat, on n’a pas vraiment peur même si ce qui est montré est extrêmement dangereux. Ce ton accidenté n’est pas non plus sauvé par les protagonistes qui s’arrêtent bien trop souvent au stade de concept. Voulant faire de son film un récit choral, Natja Brunckhorst bute sur le principal poncif du genre : s’occuper de tellement de personnages qu’aucun n’est véritablement creusé. Ainsi, tout ce beau monde ne semble utilisé que pour faire avancer l’histoire et amplifie l’aspect artificiel qui ressort de toute cette narration. Résultat, on ne croit vraiment à rien.

    Deux exemples pour illustrer ces propos. Le premier a lieu sous terre, dans ces immenses galeries où sont entreposés les ostmarks bientôt obsolètes afin qu’ils pourrissent à l’abri des regards. Alors que le premier vol de nos protagonistes est traité avec beaucoup de désinvolture, un mix réussi entre Ocean’s 12 et de la comédie burlesque, la seconde oppose les personnages à un véritable danger, la Stasi. En effet, c’est cette police politique dont la réputation n’est plus à faire qui garde les lieux. Et de cette confrontation vendue comme potentiellement tragique et très sérieuse, rien. Impossible de croire que quelque chose puisse tourner mal dans cet univers où la douceur et la légèreté des choses n’ont d’égal que celles de l’été 1990.

    Le second exemple se situe à l’échelle intime, elle concerne le triangle amoureux entre Maren, son premier amour Volker et le père de ses enfants Robert. Si l’ambition est clairement une remise en question du couple monogame hétérosexuel traditionnel, tout reste très statique et l’articulation de cette histoire assez grossière. En tant que spectateur, on comprend vite la nature de la relation entre Volker et Maren. On comprend tout aussi vite que cette dernière ne veut pas choisir entre lui et son mari, puisque, même différemment, elle les aime tous les deux. S’en suivent des jalousies et des ultimatums pour qu’au final, au gré d’une narration toujours plus improbable, les deux hommes soient contraints de cohabiter. Obligation énoncée par Maren dans l’une des ultimes phrases du film.

    Ainsi, de la même manière qu’on veut nous montrer qu’un autre fonctionnement sociétal est possible, basé sur le partage, on veut nous montrer qu’un autre fonctionnement conjugal l’est aussi, basé sur la liberté. Et si les deux dialectiques sont très intéressantes, elles ne sont malheureusement pas assez bien mises en scène pour qu’on croie véritablement qu’une alternative soit envisageable. Et c’est sûrement ça le pire.

    Alan Santi
    Alan Santi
    Responsable jeux de société

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