Tomber en amour, du collectionneur au spectateur avec la collection Veys-Verhaevert

© Candice Athenaïs
© Candice Athenaïs

Voyant la collection comme un portait de celui qui la crée, Christophe Veys dit de sa collection qu’elle est comme lui : « Une chose paradoxale, timide, sensible, cérébrale. Pour autant, elle est aussi joyeuse et ouverte à l’autre. » Le fil conducteur de l’exposition Tomber en amour est l’amour, celui que l’on donne ou que l’on reçoit. L’amour des autres, de l’art, les frissons et les états qu’il engendre jusqu’à sa disparition et sa renaissance.

Un collectionneur compulsif

Collectionneur depuis toujours et collectionneur d’art depuis ses vingt ans, Christophe Veys a un rapport à la collection presque obsessionnel. Motivé en priorité par le sentiment qu’une œuvre génère chez lui lorsqu’il la découvre, il a constitué au fil des ans une collection de plus de 350 pièces d’art contemporain avec la particularité de ne pas vivre avec celles-ci.

La maison des Arts de Schaerbeek étant un lieu riche architecturalement, les pièces de la collection Veys-Verhaevert, souvent petites et parfois discrètes, semblent s’imbriquer naturellement dans l’espace, créant dans certaines pièce un dialogue avec l’architecture. Chaque pièce de la maison est pourvue d’un thème évoquant différents points de vue sur l’amour et propose quelques œuvres en lien avec celui-ci.

Les sensations de l’amour

L’amour naissant génère chez celui qui le ressent une série de sensations, des larmes aux rires, aux frissons ou aux pulsations cardiaques. C’est autant d’états qui sont évoqués dans la première pièce de l’exposition. Les alliances en lait de Takairo Kudo sont des répliques de celles échangées avec son mari. À la base légèrement superposées, l’artiste décide de les séparer lorsqu’ils divorcent. L’acquéreur de l’œuvre peut choisir par la suite de les placer ensemble ou séparées. Bien qu’exposées dans un congélateur, elles disparaissent lentement avec le temps mais peuvent être recréées par la personne qui possède de l’œuvre à l’aide de moule. À l’image d’un amour qui vit et subit les marques du temps pour finir par disparaitre et renaitre par la suite.

Untitled (rings), 2018, lait, congélateur, 100, 5x61x56,3. Gilles Ribero/ Kudi & Archiraar
Untitled (rings), 2018, lait, congélateur, 100, 5x61x56,3. Gilles Ribero/ Kudi & Archiraar

L’amour que l’on reçoit : ma grand-mère

Le premier aperçu que l’on a de l’amour est réceptif et lié à la famille, dans ce cas l’amour vient de la grand-mère maternelle du collectionneur à qui il rend hommage dans cette pièce. Le duo d’artistes brésilien Detanico & Lain explore l’univers du langage, des lettres et des mots. Phila (pour un instant) est un message codé utilisant des morceaux de sucre empilés comme lettre, renvoyant à la fragilité du matériau autant qu’à celle du message.

Phila (pour un instant), 2008, sucre. © Candice Athenaïs
Phila (pour un instant), 2008, sucre. © Candice Athenaïs

L’amour que l’on reçoit II : mon grand père

C’est en voyant son grand père dessiner que le collectionneur a eu son premier choc esthétique, faisant naître une sensation nouvelle. Dans cette pièce, la bibliothèque, sont exposées plusieurs œuvres liées au travail manuel, à la terre et ce qu’elle peut créer, à la fragilité d’un acte. La fragilité et la fugacité étant deux adjectifs que l’on peut apposer à plusieurs reprises aux œuvres de la collection.

Jouant avec le froid du grand Nord pour créer une fine pellicule de glace entre ses doigts, Edith Dekyndt crée, le temps d’un très court instant, un moment de fragilité, presque magique. Ici la fragilité du processus entraine une poésie éphémère. Sur un coin de la bibliothèque est posé un ballon en plastique pelé de plusieurs coups de couteau rendant sa surface la plus fine possible si bien qu’un coup de plus le percerais.

Provisory object 02, 2000, vidéo. © Candice Athenaïs
Provisory object 02, 2000, vidéo. © Candice Athenaïs

Être deux

Impossible de parler d’amour sans évoquer le couple, le fait d’être deux. Dans cette pièce sont exposées trois œuvres du duo d’artistes néerlandais gerlach en koop. Leur travail utilise des objets du quotidien et leur donne une nouvelle signification par copie, répétition ou déplacement. Concessions? Never make any, un trombone ouvert fixé sur l’encadrement de la porte représentant la différence de taille exacte entre les deux artistes, et qui est placé précisément à leurs tailles respectives, représente bien la notion de « poésie du presque rien » qu’évoque Christophe Veys pour parler de sa collection.

Autre pièce du duo, Wear and tear (Ellen de Bruijne), deux feuilles comprenant l’entête de la galerie où ils vont exposer sont pliées et portées par chacun des artistes dans la poche arrière de leur pantalon durant toute la durée du montage de l’exposition. Il en résulte deux feuilles abimées pliées aux mêmes endroits et abimées de manières différentes avec parfois tout de même des similitudes. Les feuilles étant été modifiées différemment selon les mouvements des artistes, à l’image des parcours de vie de chacun : différents mais parfois semblables.

Wear an tear (Ellen de Bruin), 2010, papier, 2XA4. © Candice Athenaïs
Wear an tear (Ellen de Bruin), 2010, papier, 2XA4. © Candice Athenaïs

L’exposition Tomber en amour offre au spectateur une sélection d’œuvres parfois conceptuelles, souvent poétiques mais toujours touchantes, comme autant de façon qu’on a d’appréhender l’amour. « Parfois quand on tombe en amour, la chute prend du temps. » dit Christophe Veys à propos du temps qui peut passer entre le moment où il voit une œuvre dont il tombe amoureux et le moment où il l’achète. La sélection d’œuvres exposée renvoie aux différents moyens de vivre et de véhiculer l’amour, ici de manière brut et honnête, l’amour qu’un collectionneur d’art contemporain peut porter à ses œuvres.

Infos pratiques

  •  Où ? Maison des Arts de Schaerbeek, Chaussée de Haecht 147, 1030 Schaerbeek.
  • Quand ? Du 3 septembre au 1er novembre 2020, du mardi au vendredi de 10h à 17h et le weekend de 11h à 18h.
  • Combien ? Gratuit
Anaïs Staelens
A propos Anaïs Staelens 29 Articles
Journaliste du Suricate Magazine