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    Tombé du ciel : déconstruire des préjugés que le film venait lui-même de reconstruire

    Avez-vous déjà discuté avec des cinéphiles ? Si c’est le cas, et qui plus est si vous en êtes vous-même un(e), vous avez sans doute constaté à quel point les comédies populaires françaises semblent bannies de leurs conversations. À quelques incontournables près, comme Bienvenue chez les Ch’tis, Intouchables ou Les Visiteurs, qu’ils qualifieront au mieux d’« agréables à regarder ». L’argument principal contre la comédie française est souvent le même : c’est potache, c’est pas drôle.

    Cela est vrai dans la plupart des cas, mais c’est loin d’être propre à l’Hexagone. En revanche, ce qui peut être agaçant, c’est que le scénario repose très souvent sur un même schéma : celui du fish out of water, littéralement « le poisson hors de l’eau ». Un principe narratif selon lequel un personnage est plongé dans un environnement totalement inconnu, hostile ou en décalage complet avec ses habitudes, ce qui génère malaise, incompréhension et, idéalement, comédie.

    Si vous y réfléchissez bien, sans même avoir besoin de faire appel à Wikipédia, vous trouverez très certainement une bonne centaine de films reposant sur ce procédé narratif. Les trois films cités plus haut en sont déjà des exemples, mais on pourrait également citer Hibernatus, Les Aventures de Rabbi Jacob, Boudu sauvé des eaux, etc. Le cinéma américain n’est d’ailleurs pas en reste, avec des films comme Crocodile Dundee, Retour vers le futur ou Demolition Man.

    Cela ne signifie pas que le procédé, même rongé jusqu’au trognon, soit mauvais. Bien au contraire : il permet de multiplier les quiproquos et les situations absurdes. Les mésaventures du personnage principal deviennent risibles précisément parce qu’elles sont, par définition, complètement loufoques.

    Tout cela nous amène à un film sorti cet été : Tombé du ciel. Réalisé par Mohamed Hamidi, à qui l’on doit notamment La Vache – l’histoire d’un Algérien emmenant sa vache au Salon de l’agriculture à Paris, soit, là encore, un fish out of water -, ce nouveau long métrage a conquis les spectateurs (plus de deux millions) et continue son chemin en salles un mois après sa sortie, bien aidé, il faut l’admettre, par le marketing viral des réseaux sociaux, mais aussi par son scénariste et acteur principal, Ilyes Djadel.

    Le pitch est assez simple : Ilyes, un jeune de cité, n’arrive pas à obtenir son bac et se retrouve exclu de son lycée à la suite d’un incendie qui lui est injustement attribué. Il va alors saisir sa dernière chance : intégrer le pensionnat catholique Saint-Albert-le-Grand, en Bourgogne.

    Film à sketches s’il en est, Tombé du ciel fonctionne grâce à des ressorts comiques faciles, reposant presque exclusivement sur le choc des cultures et sur cette sorte d’uchronie sociale miniature. Nous n’en dirons pas davantage sur l’histoire, si ce n’est qu’elle suit un autre schéma, tout aussi éculé : préjugé, confrontation, malentendu, rapprochement, révélation, réconciliation. Ou, pour le dire encore plus explicitement : Ilyes est différent ; les catholiques vont le juger ; il va les surprendre ; il va découvrir leur humanité ; ils vont découvrir la sienne ; un événement va les obliger à faire équipe ; tout le monde va comprendre qu’il ne faut pas juger les gens sauf les méchants, qui peuvent, eux, nous ressembler ; Ilyes aura grandi, les autres aussi.

    Alors, nous, on n’a pas ri. Au mieux, on a souri deux fois. Mais tous les goûts sont dans la nature. En revanche, une question s’est imposée à nous devant ce long métrage : jusqu’à quel point peut-on exagérer les différences entre Français pour fabriquer une comédie sur le dépassement de ces différences… avant que le film ne finisse lui-même par fabriquer les préjugés qu’il prétend déconstruire ?

    Car, au fond, quelle France vit encore comme cela ? Qui, en 2026, ne connaît pas un minimum la religion de l’autre ? Qui pense encore qu’une personne issue d’une cité ressemble d’office à un personnage de Banlieue 13 ? Qui imagine que la province française est truffée de bistrots où tous les hommes se retrouvent pour picoler ? Qui considère encore que les ecclésiastiques sont totalement déconnectés de la société actuelle, constamment en aube ou en soutane ?

    Le problème n’est évidemment pas qu’un film caricature. La caricature est précisément là pour grossir les traits, tordre la réalité et faire surgir le comique. Le problème apparaît lorsque ces caricatures deviennent quasiment les seuls ressorts permettant aux personnages de se définir. À force de répéter que le jeune de cité est forcément un cancre, que le catholique est forcément bourgeois et coincé, que le religieux ne comprend rien au monde qui l’entoure et que le provincial est alcoolique, le film finit par donner à ces clichés une place qu’ils n’ont peut-être plus dans la société qu’il prétend observer. On nous demande de rire de préjugés que le film présente lui-même comme encore largement partagés, alors qu’une partie du public pourrait surtout se demander quand ces préjugés ont bien pu devenir aussi universels.

    Et c’est finalement là que Tombé du ciel nous gêne davantage qu’il ne nous fait rire. Son message est pourtant difficilement contestable : il ne faut pas se fier aux apparences, apprendre à connaître l’autre et accepter ses différences. Mais pour parvenir à cette morale, le film a besoin de construire un monde dans lequel presque tout le monde se fie aux apparences. C’est un peu comme s’il fallait inventer un mur pour pouvoir ensuite raconter l’histoire de ceux qui réussissent à le franchir. Le procédé fonctionne sans doute auprès de ceux qui acceptent d’entrer dans ce jeu, mais il donne aussi l’impression que le film combat des clivages en les simplifiant à son tour. Tombé du ciel semble parfois davantage intéressé par le potentiel comique des clichés que par ce qu’ils disent réellement de la France d’aujourd’hui.

    Matthieu Matthys
    Matthieu Matthys
    Directeur de publication - responsable cinéma du Suricate Magazine.

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    Tombé du cielRéalisateur : Mohamed HamidiGenres : Comédie, FamilleActeurs et actrices : Ilyes Djadel, Josiane Balasko, Fred TestotNationalité : FranceDate de sortie : 12 août 2026 Avez-vous déjà discuté avec des cinéphiles ? Si c’est le cas, et qui plus est si vous en êtes...Tombé du ciel : déconstruire des préjugés que le film venait lui-même de reconstruire