The Wizard of Lies, « Celui par qui le scandale arrive »

The Wizard of Lies

de Barry Levinson

Biopic, Policier, Drame

Avec Robert De Niro, Michelle Pfeiffer, Alessandro Nivola

Sorti en DVD le 4 octobre 2017

Le 12 décembre 2008, le célèbre financier américain Bernard Madoff était arrêté par le FBI, accusé de s’être rendu coupable d’une escroquerie à hauteur de 65 milliards de dollars. Madoff avait mis en place une pyramide de Ponzi – du nom du financier américain Charles Ponzi, ayant fait fortune dans les années 1920 sur base de ce système –, principe consistant à rémunérer ses clients sur base des investissements de nouveaux venus. L’organisateur touche une commission sur ces investissements et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes tant que les clients affluent. La crise financière de 2008 poussa certains investisseurs à retirer leurs avoirs, exposant alors le système frauduleux mis en place par Madoff une quinzaine d’années auparavant.

Lorsque fut révélée la supercherie, la société Bernard L. Madoff Investment Securities LLC fut mise en liquidation et Madoff condamné le 29 juin 2009 à une peine de cent-cinquante ans de prison.

Cédant à l’éternelle tendance d’Hollywood visant à romancer certains scandales, au risque de glorifier d’ignobles criminels, c’est cette histoire que la chaîne américaine HBO portait à l’écran en mai 2017. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la société a mis toutes les chances de son côté pour faire de ce film une réussite, tant en s’assurant la collaboration de Robert de Niro et Michelle Pfeiffer qu’en confiant la réalisation du projet à Barry Levinson !

Ce dernier choisira dans un premier temps de présenter le financier comme un personnage complexe, peu exposé aux dilemmes moraux, sans pour autant porter de jugement arrêté sur lui. Ainsi, il humanise dès le départ son principal protagoniste en mettant en avant la volonté de celui-ci de distribuer 175 millions de dollars à ses employés au moment où le scandale éclatera, afin qu’ils puissent mettre leur famille à l’abri du besoin. Cette logique sera poussée plus en avant lorsque Madoff ira jusqu’à reconnaître son échec tout en admettant qu’il était incapable de se l’avouer. L’accent sera également mis sur le fait que la famille du financier ignorait tout de la supercherie, de la propre volonté du principal intéressé. En somme, Barry Levinson nous livre un personnage ayant mis en place un processus irréversible et ayant tenté de limiter la casse et d’épargner sa famille, sorte de Docteur Frankenstein de la finance.

Dans un premier temps donc, Bernard Madoff semble présenté comme victime de sa propre arrogance, et aucun réel jugement n’est porté sur ses actes. Dans un souci de construction, Levinson semble ainsi chercher à créer l’empathie pour son « héros », avant d’installer davantage son intrigue.

Néanmoins, conscient de la réalité des faits, le réalisateur choisit d’intégrer au récit la journaliste Diana B. Henriques (qui joue ici son propre rôle), chargée d’interviewer « Bernie » en prison. Ici réside l’une des grandes subtilités du long-métrage, car si le spectateur verra le plus souvent le film à travers le prisme de Bernard Madoff lui-même, la journaliste prendra ça et là la parole afin de ramener celui-ci à la réalité en rappelant que sa pyramide de Ponzi a ruiné des vies et poussé plusieurs personnes au suicide, allant jusqu’à énumérer certaines des victimes du financier.

Côté interprétation, tout en restant pareil à lui-même, Robert De Niro est juste d’un bout à l’autre et interprète un personnage impassible, presque désincarné face à la réalité de la situation qu’il a lui-même mise en place. Quant à Michelle Pfeiffer, celle-ci ne jouera un rôle d’importance que dans la seconde partie du film. En effet, si dans la première moitié, l’actrice tient principalement un rôle mineur, la seconde se penchera sur les répercussions morales de l’affaire sur les proches du financier. Michelle Pfeiffer, personnifiant Ruth Madoff, apparaîtra ainsi davantage au milieu d’un univers en pleine désagrégation, soumise à l’opprobre tout en étant elle-même victime de la situation.

Ici encore réside une autre grande force du film qui montre sur base de l’exemple concret de Bernie Madoff en quoi nos actions influencent la vie des autres.

En somme, on retiendra de Wizard of Lies une réalisation intelligente, très bien travaillée, recherchée et qui sait pourtant se faire nerveuse par moments. Les faits sont exposés dans leur complexité et Bernard Madoff apparaît comme une sorte de sociopathe sans qu’un jugement soit pour autant posé par le film : les faits parlent d’eux-mêmes, rappelés par la voix de la conscience qu’est la journaliste Diana B. Henriques. Au final, le spectateur est amené à s’interroger sur la personnalité de Madoff, apparaissant comme un sociopathe impassible (la comparaison avec Ted Bundy, présentée par Julie Creswell et Landon Thomas Jr dans le New York Times en 2009, sera tout de même soulevée). Un film intelligent, parcouru de riches thématiques et qui pose plusieurs questions intéressantes au spectateur.

Alexandre Alvarez
A propos Alexandre Alvarez 145 Articles
Journaliste du Suricate Magazine