
The Mastermind
Réalisatrice : Kelly Reichardt
Genres : Drame, Policier
Acteurs et actrices : Josh O’Connor, Alana Haim, John Magaro
Nationalité : USA
Date de sortie : 18 février 2026
Malgré quelques longueurs, ce film nous emporte avec un humour diffus dans la débâcle du plan mal ficelé de son personnage, qui tente un vol de tableaux pour se remettre à flot et rembourser ses emprunts. On sourit et on compatit (un peu) à ses galères très concrètes, se déroulant sur fond de guerre au Vietnam par les Etats-Unis pour le plus grand désintérêt de ce pathétique amateur.
Avec le style très lent et contemplatif de Kelly Reichardt, le braquage du musée local par James Blaine Mooney, père de famille au chômage, s’éloigne du spectaculaire pour donner toute son ironie au titre du film. Le musée en question nous est introduit dans une jolie séquence rythmée par des airs de jazz et l’action arrive assez tôt, donnant envie de croire à une opération fructueuse. Mais bien vite le scénario de vol sensationnaliste est délaissé, le rythme freine et nous entraîne dans la fuite lente et décousue de James, dont les motivations égoïstes nous sont révélées à mesure qu’il se trouve de plus en plus acculé.
Il déchoit d’une position sociale plutôt confortable, cultivée et proche du monde de l’art (comme une réminiscence du dernier film de la réalisatrice, Showing Up) vers une cavale solitaire où il fait des choix toujours plus individualistes. Ce sont ces mêmes choix qui peuvent faire de J.B Mooney un anti-héros un peu lâche, campé dans toute sa nonchalance par Josh O’Connor. Son désir de prendre une revanche sur la vie et notamment sur son père condescendant vient susciter notre compassion. Pourtant, il est loin d’être le fin stratège qu’il espérait et n’a de cesse de se reposer sur l’aide financière et matérielle de ses proches, en particulier sa mère et sa femme. Ce sont elles, avec une ancienne camarade de promo, qui offrent en marge de la narration un miroir à ses actions, révélant avec quelle insouciance il force son entourage à le suivre quitte à l’entraîner dans sa chute. Concrétiser son ambition se fait, d’abord, au détriment de ces femmes.

L’un des traits marquants de The Mastermind est en effet que le récit du braquage mal pensé, mis au premier plan, est nuancé par tout ce qui se joue derrière et qu’il nous laisse entrevoir : les rapports de force familiaux, le contexte socio-historique mais aussi les regards contradictoires portés par les personnages secondaires sur le protagoniste principal. Ce faisant, la réalisatrice dépouille la figure populaire du voleur amateur d’art (le choix de peintures abstraites, dont la valeur échappe généralement aux néophytes, n’est pas anodin), qui orchestre minutieusement le cambriolage d’institutions prestigieuses, de toute glorification scénaristique.
Dans son errance, James croise sans y prêter attention celles et ceux qui tentent de tracer leur chemin dans une époque en transition. Tout concentré qu’il est sur ses machinations, le ‘’cerveau’’ ne semble vivre que dans l’instant, sans même percevoir les remous de la société Etats-Unienne autour de la guerre au Vietnam. Se rêvant du privilège d’être hors des lois il se pense aussi hors de son temps, jamais concerné par le contexte au sein duquel il évolue. Jusqu’à ce qu’enfin, ironiquement, celui-ci le rattrape : il finit dans le panier à salade de la police, comme les manifestants pour la paix.
