More

    The Chronology of Water, fragments d’une chronologie en eaux troubles

    Fervente admiratrice du livre autobiographique de Lidia Yuknavitch publié en 2011, Kristen Stewart adapte les mémoires de l’autrice et signe avec The Chronology of Water son premier long métrage derrière la caméra. Présenté à Cannes en mai dernier dans la section Un certain regard, ce récit aquatique, traversé par le traumatisme et l’émancipation, révèle une fougue et un sentiment d’urgence palpables chez la réalisatrice. Il aura pourtant fallu près de dix ans à Stewart pour mener le projet à bien. Si le film se montre ambitieux — non sans quelques maladresses inhérentes à un premier long métrage —, il marque indéniablement la naissance d’une nouvelle voix.

    L’histoire s’ouvre comme une boîte à souvenirs : une reconstruction mentale, fragmentée, de la mémoire de son personnage principal, Lidia (Imogen Poots). Les images de l’adolescence surgissent par éclats, furtives et douloureuses, à la source même du traumatisme. Lidia évolue dans un univers restreint, dominé par un père abusif et une mère aphone, où la natation devient à la fois refuge et échappatoire.

    L’eau s’impose rapidement comme un motif central et obsessionnel, présent aussi bien dans les images que dans les mots prononcés par Lidia en voix off. Elle se mêle à la vision du sang, symbole des châtiments corporels et des violences sexuelles subies par la jeune femme. Pourtant, cette matière traumatique s’inscrit dans un dispositif formel empreint de poésie : la fragmentation du récit, la force des mots et la texture des images, tournées en 16 mm, confèrent à l’ensemble une beauté rugueuse. Si le corps de Lidia est montré, il demeure pour l’instant dépourvu de sensualité, comme tenu à distance de lui-même.

    Le film nous entraîne alors sur le fleuve tumultueux qu’est la vie de Lidia. L’eau se métamorphose, devenant tour à tour signe de renaissance ou figure de tombeau. Tandis que les relations avec les hommes se révèlent majoritairement conflictuelles, ce sont les rencontres féminines qui ouvrent un nouvel espace : l’eau y acquiert enfin une dimension sensuelle, et le sang cesse d’être un présage funeste pour n’être plus qu’un élément du parcours féminin, inscrit dans le mouvement de l’émancipation.

    Une fois adulte, les souvenirs de Lidia adoptent un autre tempo et une forme moins impressionniste, s’expliquant par une mémoire plus précise, sinon apaisée. Elle découvre alors un nouveau refuge — et peut-être son salut — dans l’écriture. À mesure que le film s’ancre dans cette période, il tend vers une narration plus classique, proche du biopic, non sans engendrer quelques longueurs.

    Une telle proposition pourrait surprendre venant d’une cinéaste inconnue ; mais Kristen Stewart sait pertinemment que son nom, à lui seul, permet une grande liberté formelle et narrative. Dès lors, il convient peut-être de faire preuve d’indulgence et de considérer ce que The Chronology of Water offre avant tout à son interprète principale. Imogen Poots y trouve un rôle décisif, qu’elle habite pleinement, avec une intensité viscérale qui constitue l’un des points d’ancrage les plus solides du métrage.

    Derniers Articles

    The Chronology of WaterRéalisatrice : Kristen StewartGenre : Drame, BiopicActeurs et actrices : Imogen Poots, Thora Birch, James BelushiNationalité : France, Lettonie, USADate de sortie : 7 janvier 2026 Fervente admiratrice du livre autobiographique de Lidia Yuknavitch publié en 2011, Kristen Stewart adapte les mémoires...The Chronology of Water, fragments d’une chronologie en eaux troubles