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    Sylvie Germain, tendre la main vers ceux qu’on ne voit plus

    Sur la couverture de ce Cahier, Sylvie Germain nous regarde, les yeux fixés dans l’objectif, le visage posé sur ses mains baignées de lumière, quelques bagues aux doigts, une montre au poignet. Elle sourit à moitié, ne cherche pas à séduire, à paraître. Elle est là, face à nous. Et c’est de l’écrivaine dont il sera question dans ces Cahier de L’Herne. Pas tellement de la femme et de son visage mais plutôt de l’autrice et de ses mains, sur lesquelles notre attention se porte. Qu’écrivent-elles, ces mains ? Quels mots les font bouger, s’émouvoir ?

    Ce Cahier dirigé par Milène Moris et Évelyne Thoizet regroupe la contribution d’une vingtaine de personnes, artistes, auteurs ou autrices, universitaires, professeures, qui tentent d’éclaircir l’écriture de Sylvie Germain. Ils et elles s’attardent sur un thème particulier, qui parcourt sa bibliographie ou décident de revenir sur des moments précis de ses romans, ses essais, pour tenter d’y définir certains aspects de cette littérature tout à fait propre à elle-même.

    Tous les articles ne se valent pas, certains sont ténébreux, d’autant plus si vous n’avez pas lu les livres en questions. C’est en tenant le Cahier en main et en commençant à le lire que je me suis rappelé que ma professeure de français, lorsque j’étais adolescent, nous avait fait lire Magnus, prix Goncourt des lycéens, en 2005. C’est tout ce qui me rapprochait de cette autrice, avant de découvrir ces textes inédits dans ce Cahier, qui illustrent combien les louanges faites tout du long sont méritées, tellement l’écriture de Sylvie Germain est frappante de maîtrise.

    Ma tâche ici n’est pas de faire « une synthèse de la synthèse ». Plutôt de revenir sur les éléments qui achoppent, qui interrogent le regard, le lecteur et la lectrice. Ancienne élève du philosophe Levinas, elle-même doctorante en philosophie, Sylvie Germain est quelqu’un porté par les « grands sujets », notamment ceux traitant de la figure du Mal, de l’absence (ou de la non-présence) de Dieu, du sacré ou de la sainteté, des gens de peu vite oubliés. C’est ce qui semble transfigurer de ce Cahier, son inquiétude, pas tellement militante mais plutôt existentielle, sur la banalité avec laquelle on oublie les gens qui meurent dans la rue, la banalité aussi avec laquelle on choisit de tuer, de faire surgir la violence qui est en nous.

    Ce Cahier nous fait découvrir la beauté de l’écriture finement ciselée de Sylvie Germain. On sent qu’elle polit ses phrases comme des bijoux, non pas pour les déposer dans un coffre intouchable mais pour mieux affuter son discours, en jouant sur les répétitions aussi, les synonymes. Elle ressort des mots de la langue française qui semblent justes, dans la forme et le contenu (sans ce côté « marque obligée » à la Amélie Nothomb). Sylvie Germain interroge peu la langue, elle semble convaincue de son art, sûre d’elle-même. Dans ses écrits, elle tire peu de conclusions, ne cherche pas à se faire dogmatique. C’est quelqu’un de lettré qui réfléchit, dont le goût pour la peinture est aussi fortement présent, comme le prouve aussi ce formidable texte inédit comparant Rembrandt, Rothko et Opalka face à leurs toiles.

    Ce Cahier de L’Herne sur Sylvie Germain est donc une ouverture des possibles sur ce monde particulier baigné d’une certaine aura. Fondés sur des mythes ou sur la Bible, celle-ci étant fortement présente dans l’œuvre de l’autrice, qui cite volontiers Bernanos, catholique reconnu, ses textes sont décortiqués ici au travers d’extraits d’interviews, d’analyses littéraires, d’essais, à partir desquels chacun peut se faire une bonne idée sur cette œuvre commencée maintenant il y a 40 ans.

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    Titre : Sylvie GermainDirigé par Milène Moris et Évelyne ThoizetEdition : L'HerneDate de parution : 14 janvier 2026Genre du livre : Revue littéraire Sur la couverture de ce Cahier, Sylvie Germain nous regarde, les yeux fixés dans l’objectif, le visage posé sur ses mains baignées de lumière, quelques bagues aux doigts, une montre...Sylvie Germain, tendre la main vers ceux qu’on ne voit plus