De Réal Siellez
Mise en scène Muriel Clairembourg
Avec Isabelle Dumont, Céline Peret, Réal Siellez, Chloé Struvay, François-Michel Van Der Rest
Du 20 mai au 28 mai 2026
Au Théâtre des Martyrs
Susie got talent s’inspire du parcours de Susan Boyle, chanteuse écossaise révélée au grand public en 2009 grâce à Britain’s Got Talent. Plutôt que d’utiliser – encore – Susan pour émouvoir dans les chaumières, Réal Siellez, auteur et acteur, choisit d’analyser et de dénoncer le système des jeux de téléréalité, qui cherche à offrir des miracles aux téléspectateurs, et ce, avec le concours de Muriel Clairembourg à la mise en scène. Avec cette vision des coulisses d’un rêve, suscitant davantage le malaise que l’admiration, le pari de Réal Siellez est parfaitement réussi.
Dans cette histoire, plusieurs personnages gravitent autour de Susie. Il y a bien sûr le personnage principal, interprété par Isabelle Dumont, qui digère tant bien que mal son succès. Son manager Allan (Réal Siellez), bienveillant mais très orienté vers le profit. Son frère Dan (François-Michel Van Der Rest), jaloux et avide, passé maître dans l’art de culpabiliser Susie. Wanda Hiden (Chloé Struvay), membre du jury, à l’apparence bling-bling comme il se doit, qui exprime son ressenti. Et puis la voisine (Céline Peret), ravie de commenter tout ce qui se passe à Blackburn, ce petit village écossais qui n’en demandait pas tant.
Susie est surnommée « Simplette ». Elle représente tout ce qu’attendent les producteurs des jeux de téléréalité pour booster leur spectacle : un physique inhabituel, une authenticité touchante et beaucoup de talent. Tout est en place pour offrir du miracle. Bien qu’elle n’ait terminé qu’à la deuxième place, elle devient extrêmement populaire. « C’est la femme qui voulait le moins de nouveauté au monde, qui est allée la chercher en faisant ce qu’elle faisait de mieux : chanter. »
L’auteur, originaire de Quaregnon, cité façonnée par l’ombre du charbon, établit un parallèle entre le Borinage et le coin reculé d’Écosse évoqué dans la pièce. La voisine, qui commente tout ce qui se passe, possède donc l’accent du pays. Ce qu’elle souligne, c’est que Susie, c’est « Madame Tout-le-Monde ». Née dans une maison ouvrière, Susie a du mal à déménager. Elle passe donc la journée dans une villa, mais rentre chez elle, dans la maison de son enfance, pour dormir. Ses parents sont morts, mais cela ne change rien : Sweet Miracle, comme l’appelait sa mère, s’y sent bien.
Comme le dit la voisine : « Les femmes qui vivent dans la cuisine doivent gagner. » Sont-elles plus heureuses après cela ? Susie a subi énormément d’injonctions et les a acceptées. Mais n’est-elle pas mieux chez elle, finalement ?
À travers cette création, Réal Siellez s’interroge sur de nombreux sujets : les moqueries envers les plus faibles, la honte, la notion de rêve, l’injustice, la foi, la jalousie ou encore les jeux de téléréalité. Il n’apporte pas de réponse toute faite, mais la pièce dépasse évidemment la seule histoire de Susan Boyle. Les mots sont choisis, l’humour est présent, et Susie est brillamment interprétée par Isabelle Dumont, qui assure les chants en direct. Derrière la critique des jeux de téléréalité, « Susie got talent » raconte avant tout la fragilité de ceux que l’on transforme, parfois malgré eux, en miracles médiatiques.
