
Silent Night, Deadly Night
Réalisateur : Mike P. Nelson
Genre : Horreur
Acteurs et actrices : Rohan Campbell, Ruby Modine, Mark Acheson
Nationalité : USA, Canada
Date de sortie : 10 décembre 2025
Si les amateurs de slashers ne s’étonnent plus de voir leurs franchises préférées ressurgir sous de nouvelles formes, un remake se doit malgré tout de raconter son époque tout en puisant dans le matériau originel. En 1984, Silent Night, Deadly Night — réalisé par Charles Sellier Jr. — avait détrôné le premier Nightmare on Elm Street de Wes Craven au box-office, avant de s’attirer les foudres d’associations religieuses et familiales, qui exigèrent sa déprogrammation dans de nombreuses salles à travers les États-Unis. En francophonie, les fans de série B durent quant à eux se procurer une copie VHS, faute de sortie dans les salles obscures. En faisant le pari d’une remise à neuf, le réalisateur Mike P. Nelson propose un tueur débarrassé de son puritanisme, mais rate l’occasion d’aborder sincèrement le traumatisme masculin.
Ce tueur, répondant au nom de Billy Chapman (Rohan Campbell), sillonne depuis dix ans les États-Unis, se livrant à des séries de meurtres lorsque revient le froid de décembre. S’il revêt un costume blanc et rouge avant de frapper, c’est parce qu’il a assisté, enfant, au meurtre de ses parents, perpétré par un homme lui-même déguisé en Père Noël. Billy, qui tamponne un calendrier de l’Avent du sang de ses victimes, débarque dans une petite ville et tente de faire profil bas. C’est sans compter sur Charlie, personnification de son traumatisme que seul Billy peut entendre, et qui le pousse à accomplir ses méfaits armé d’une hache.
Le film, hélas, peine à trouver son ton : il oscille entre horreur frontale et comédie dont on ne sait si elle est volontaire, et souffre peut-être d’un budget trop étroit, donnant à certaines scènes des allures de carton-pâte. La mise en scène adopte fréquemment la longue focale, comme pour traduire visuellement la perception mentale de Billy, partagé entre son envie de mener une vie normale et son instinct de tueur — un simple filtre rouge signalant que la figure de Charlie a pris le dessus. Cette approche aurait pu soutenir une lecture plus psychologique ; le remake se trouvait même en position idéale pour aborder une idée simple mais actuelle : que les hommes gagneraient à affronter leurs blessures en thérapie. Pourtant, Nelson choisit d’écarter ce potentiel au profit d’un recours au fantastique, expliquant l’existence de Charlie par une pirouette surnaturelle qui neutralise toute réflexion sur la santé mentale.
Reste une structure étonnamment solide, un montage fragmenté et maîtrisé qui dévoile par touches successives la backstory de Billy, ses motivations et les mécanismes qui le conduisent à répéter la violence héritée. Dans la seule scène de meurtre réellement marquante par sa drôlerie, Billy s’incruste dans une réunion de suprémacistes blancs néonazis pour « faire le ménage » — unique commentaire, fugace, sur l’Amérique de Donald Trump.
