Du 18 juin 2026 au 24 janvier 2027, la Fondation Boghossian présente l’exposition Shape of absence qui met en lumière une partie de la richesse patrimoniale détruite en Syrie durant 13 années de guerre civile. Grâce à des techniques innovantes, et sur la base de rares photographies du Musée de Raqqa, des objets archéologiques pillés ou disparus reprennent forme, pour ne pas oublier.
Au Project Space de la Villa Empain, plongé dans l’ombre et dans un silence presque total, la partie centrale de l’exposition, Stolen Past, invite au recueillement. Des rangées de colonnes d’exposition noires font face aux visiteurs. Toutes sont éclairées en leur centre et il faut s’en approcher au plus près pour observer ce qu’elles renferment.

Stolen Past, cimetière patrimonial pour la mémoire
L’installation de Hrair Sarkissian est composée de 48 objets archéologiques qui semblent vouloir sortir de la surface sur laquelle ils sont couchés. Vases, pièces de monnaie anciennes, statuettes ou encore éléments de parure, tous sont portés disparus des collections du musée archéologique de Raqqa. Fondée en 1981, l’institution exposait jusqu’en 2011 les collections issues de plus d’une douzaine de projets internationaux de fouilles et d’études, couvrant notamment la période de la préhistoire et du Moyen Âge islamique des XIIe et XIIIe siècles.
Lors du conflit syrien, le musée a été endommagé et pillé ; sur plus de 8 000 objets, 880 ont été sauvés.
Pour offrir une trace, tangible et immuable, à ces objets perdus, Hrair Sarkissian a transformé des photographies d’archéologues et d’habitants en lithophanies. Les clichés ont été imprimés en 3D sur un panneau lithophane, une plaque en acide polylactique fabriquée à partir d’amidon de maïs et de canne à sucre. Pour se révéler, chaque pièce est rétro-éclairée car tout se joue dans le relief et les contrastes de densité : plus la matière est fine, plus la lumière la traverse facilement, et inversement. Un procédé d’une grande finesse qui renforce la dimension fantomatique du parcours.


Stolen Past est décrit par l’artiste comme un cimetière, à la différence près qu’aucun nom ni épitaphe ne figure sur les stèles. Les visiteurs déambulent entre ces halos lumineux, comme s’ils étaient à la recherche de quelque chose, de quelqu’un. Le silence se prolonge au-delà des murs de la pièce et fait ressentir l’anéantissement de la guerre.
Hrair Sarkissian le souligne d’ailleurs dans une présentation vidéo : il n’est plus question d’espoir. Sa création fait écho à ce qui se répète dans le monde, comme une boucle, et bouleverse des civilisations entières. Actuellement, avec la récente guerre au Moyen-Orient, la Syrie se retrouve de nouveau au coeur de tensions géopolitiques majeures, 15 ans après le soulèvement qui a mené à la chute du régime de Bachar al-Assad.
Au coeur des ruines du Temple de Bêl
Aux côtés de Stolen Past se dévoile The Temple of Bel, une série d’images immersives des ruines du Temple de Bêl à Palmyre, issues des technologies de numérisation et de reconstruction 3D d’Iconem. Construit en 32, l’édifice architectural gréco-romain et oriental, consacré au dieu mésopotamien Bêl, a été détruit à l’explosif en 2015 par l’Etat islamique. Le site nécessite aujourd’hui d’importants travaux pour stopper sa détérioration et éviter d’autres dommages. Alors que des archéologues s’efforcent de reconstituer la ville telle qu’elle était auparavant, très récemment, la cité antique recommence à voir arriver une centaine de touristes par jour.
Là encore, peu de commentaires à l’écran, aucune musique : le poids des images, avec leurs zooms sur des détails d’ornements, est saisissant et occupe tout l’espace. De façon tout aussi contemplative, le mouvement de caméra répond au rythme funèbre de la déambulation des visiteurs quelques pas plus loin.

Avec une délicatesse déroutante, Shape of absence témoigne d’une douleur vive, celle qui émane du récit syrien et de ses vestiges condamnés à l’oubli. Alors que les mots ne sont parfois plus à la mesure de ce qui se joue, l’art et ses formes numériques apparaissent ici comme de puissants évocateurs de la fragilité de notre héritage et du devoir de mémoire et de transmission. Le Musée de Raqqa, réhabilité en 2019 et rouvert au public depuis 2023, est engagé dans un projet de conservation préventive de la collection et tend à redonner à sa population un accès à son patrimoine.
Toutes les infos : https://villaempain.com/expo/shape-of-absence/
Où ? Fondation Boghossian – Villa Empain, Avenue Franklin Roosevelt 67 – 1050 Bruxelles
Quand ? Du 18 juin 2026 au 24 janvier 2027 (mardi au dimanche, 11:00 à 18:00)
Combien ? Tarif standard 14€ (voir les différents tarifs)
