Serenity, fable philosophique incohérente

Serenity
de Steven Knight
Thriller, Drame
Avec Diane Lane, Matthew McConaughey, Anne Hathaway
Sorti le 27 mars 2019

Baker Dill (Matthew McConaughey), capitaine du Serenity, gagne sa vie en louant son bateau à diverses personnes désireuses de pêcher en haute mer. Un jour, son ex-épouse Karen (Anne Hathaway), le contacte pour lui demander de l’aide : son nouveau mari, Frank (Jason Clarke), se montre de plus en plus agressif et menace sa vie ainsi que celle de Patrick, le fils qu’elle a eu avec Baker. Elle lui propose ainsi d’emmener Frank en mer pour simuler un accident et le livrer aux requins…

Avec ses accents hitchcockiens, ce nouveau film de Steven Knight – déjà aux commandes de Locke, mettant en scène Tom Hardy – brasse quantité de références diverses et variées sans parvenir à donner corps à une histoire cohérente et homogène.

Durant les 106 minutes que dure le film, Serenity renverra à plusieurs pans de notre culture relativement agréables à retrouver. On pensera ainsi, pour ne citer qu’un exemple, aux films d’Alfred Hitchcock pour l’intrigue meurtrière à laquelle se livrent les protagonistes principaux. Tour à tour, le célèbre L’Inconnu du Nord Express (1951) ou Le Crime était presque parfait (1954) reviendront à la mémoire du spectateur, quand Serenity n’ira pas puiser ses influences chez La Dame de Shanghai (1947) d’Orson Welles pour le côté « femme fatale » et la blondeur d’Anne Hathaway.

On trouvera encore un clin d’œil au mythique Moby Dick d’Herman Melville ou au Vieil homme et la mer d’Hemingway dans l’obsession que nourrit Baker pour un énorme poisson qu’il traque depuis plusieurs mois.

Cependant, malgré ces renvois à de grands pans de notre culture, Steven Knight ne parvient pas à animer son film d’un esprit cohérent. La faute à des interprétations peu convaincantes de la part des comédiens principaux et à une histoire alambiquée qui peine à trouver sa personnalité. En effet, Matthew McConaughey sonne ici le plus souvent faux, son accent texan donnant à son personnage des allures caricaturales de vieux pêcheur solitaire et désabusé – le plus souvent torse nu ou en t-shirt mouillé -. Quant à Anne Hathaway, elle livre une composition monotone sans parvenir à donner à son personnage la dimension que semble vouloir le rôle. À la fois mère de famille tentant de protéger son enfant et manipulatrice cynique, Hathaway peine à exprimer dans un cas la dramaturgie nécessaire pour donner corps à la souffrance de son personnage, dans l’autre à donner à Karen le cynisme que pouvait par exemple avoir Rita Hayworth dans La Dame de Shanghai.

Ces interprétations paresseuses viendront alourdir un film qui pêche déjà par orgueil, en essayant de caser en 1h40 toutes sortes de thématiques et de questionnements qu’il ne cherchera le plus souvent pas à résoudre ou même à amener avec cohérence.

Mais surtout, Serenity ne parvient pas à se trouver lui-même, passant de thriller à film noir avec des accents philosophiques, mystiques et même fantastiques dans son dénouement, sans trouver le juste milieu. En résulte un film dans lequel la plupart des éléments tombent à plat, coulés par une construction maladroite et une incapacité à aller au bout de sa propre démarche.

Alexandre Alvarez
A propos Alexandre Alvarez 164 Articles
Journaliste du Suricate Magazine