Sengo, plongée dans un Japon méconnu

Scénario : Sansuke Yamada
Dessin : Sansuke Yamada
Éditeur : Casterman
Sortie : 29 janvier 2020
Genre : Histoire, Manga

Casterman élargit encore le champ de sa collection Sakka en publiant fin janvier les deux premiers tomes de la série Sengo, pour laquelle son auteur Sansuke Yamada a été distingué en 2019 par le prix Osamu Tzeuka et par le grand Prix de la Japan Cartoonist Association.

1945, le Japon est vaincu. De retour au pays, deux soldats qui se sont connus sur le front, le bon vivant Kadomatsu et le désenchanté Toku, se retrouvent par hasard dans un Tokyo détruit et occupé par l’armée américaine. Chacun à sa manière et se soutenant l’un l’autre, ils vont essayer de survivre, entre débine et combines, marché noir et prostitution. Mais le souvenir de la guerre n’est jamais très loin…

Un récit cru, qui n’évite aucun sujet

Beaucoup a déjà été écrit sur la guerre, puis sur le miracle économique Japonais qui a permis à ce pays, ravagé par la guerre, de devenir la seconde puissance économique mondiale. Les lecteurs curieux seront donc ravis de découvrir les événements qui ont précédé cette envolée extraordinaire. C’est avec beaucoup de sensibilité mais également de franchise et parfois d’humour que Sansuke Yamada nous parle de cette période, n’évitant aucun sujet et utilisant souvent un langage cru pour évoquer tous les soucis du quotidien. Ce faisant, il détruit aussi certains mythes sur l’occupation du Japon par l’armée des vainqueurs. Il nous parle de cette économie souterraine à laquelle participaient les forces d’occupation via la prostitution ou la contrebande et de l’attitude assez méprisante de celles-ci.

C’est donc avec un grand intérêt que le lecteur se plongera dans ce récit qui même s’il n’est pas transposable entièrement à la situation d’après-guerre dans nos pays, présente de nombreuses similitudes. Peu importe où l’on vit, la précarité des populations est souvent la même après un conflit et la reconstruction, loin d’être un miracle, est souvent un processus complexe.

Lire Sengo, c’est se plonger dans un Japon méconnu mais qui mérite d’être découvert, tant l’universalité du propos touchera de nombreux lecteurs.

Vincent Penninckx
A propos Vincent Penninckx 142 Articles
Journaliste - Responsable BD du Suricate Magazine