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    Semer des soleils, l’anxiété face aux images de guerre

    Semer des soleils est un roman jeunesse percutant sur l’absurdité et la violence de la guerre. Rédigé en vers libres et joliment illustré, il s’adresse aux enfants à partir de 11 ans. Tout en reconnaissant le sentiment d’anxiété profonde que peuvent provoquer chez eux les images de conflits armés, le roman invite les jeunes à refuser l’indifférence et le fatalisme des adultes.

    Une violence insensée

    Dans Semer des soleils, le héros, Théo, un jeune collégien qui vit seul avec son père, s’exprime à la première personne. Après avoir vu à la télévision les images d’une guerre qui vient d’éclater, il s’interroge : Pourquoi la guerre ? Pourquoi tant de victimes ? Pourquoi tant d’indifférence autour de lui ?

    Ni son père, ni ses enseignants, ni même sa voisine — pourtant originaire du pays en guerre — n’ont de réponse à lui apporter. L’incompréhension laisse place à l’angoisse, et Théo ne parvient plus à dormir, hanté par des images de bombes, d’écoles en ruine et de cercueils d’enfants.

    Heureusement, il rencontre Colombe, une fille qui, comme lui, est en colère, révoltée par la guerre. De leur complicité naît un sentiment nouveau : une envie de solidarité qui dépasse l’impuissance et les pousse à « semer des soleils », un petit pas à la fois, vers la paix.

    Une description de la guerre sans fard, mais sans sensationnalisme

    Composé de chapitres très courts, qui sont autant de poèmes en prose, Semer des soleils est enrichi d’illustrations en couleurs à la fois évocatrices et sobres, qui atténuent la dureté du propos sans en édulcorer la portée. On devine rapidement que le conflit évoqué est celui déclenché par la Russie contre l’Ukraine en février 2022, bien que les références restent suffisamment génériques pour s’appliquer à toute guerre.

    Très réussi tant sur le fond que sur la forme, le roman soulève avec finesse plusieurs questions importantes. Il interroge notamment le rôle des adultes — parents comme enseignants. S’ils ne détiennent pas toujours les réponses aux questions des enfants, ils peuvent les rassurer en les écoutant et en étant présents, tout simplement. C’est d’ailleurs en lui-même que Théo finit par trouver, peu à peu, des éléments de réponse. En découvrant combien il est difficile d’accepter que les autres pensent autrement, ou de dire « pardon », il comprend que chaque être humain porte en lui des sentiments négatifs qui, exacerbés, peuvent nourrir la violence.

    La question de l’empathie et de la solidarité est également au cœur du récit. Tandis que certains se sentent peu concernés par ce qui se passe loin, dans un pays qu’ils ne connaissent pas, Théo et Colombe, eux, refusent l’indifférence et l’inaction. Leur sensibilité face à la souffrance des autres finit par ébranler les adultes et les amène à sortir de leur résignation pour imaginer, ensemble, des pistes d’action. Un message d’espoir, pour garder foi en l’humanité.

    Soraya Belghazi
    Soraya Belghazi
    Journaliste et responsable Littérature jeunesse

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    Titre : Semer des soleilsTexte : Andrée PoulinDessin : EnzoÉditeur : Alice éditionsDate de parution : 11 septembre 2025Genre : Roman jeunesse, Poésie Semer des soleils est un roman jeunesse percutant sur l’absurdité et la violence de la guerre. Rédigé en vers libres et joliment...Semer des soleils, l’anxiété face aux images de guerre