More

    Rumba : la force et la dignité des précaires

    Après Laïka et Pueblo, Ascanio Celestini et David Murgia présentent le dernier volet de la « trilogie des pauvres diables » toujours avec poésie et humour. Porté par la musique live de Philippe Orivel, David Murgia donne la parole à ceux qui vivent en périphérie, en marge, de notre société.

    Nous sommes à la veille de Noël, sous un ciel étoilé. « Combien d’étoiles il y a dans le ciel ? Il y en a tellement qu’on ne peut pas les compter. On ne peut pas les compter parce qu’elles sont trop nombreuses. Elles sont trop nombreuses et toutes éparpillées. »

    Sur un parking de supermarché situé en périphérie, qui est fermé pour les fêtes, aux abords d’un bar et d’un entrepôt de logistique, deux hommes, le narrateur et son acolyte accordéoniste, préparent un petit spectacle qui pourrait attirer les cars des pèlerins. Pour le moment, il n’y a que deux spectateurs : un clochard et une femme un peu embrouillée dans sa tête. Mais pour faire un spectacle, il suffit d’un spectateur, alors si on en a déjà deux, allons-y.

    Au cœur du spectacle, François d’Assise (1182-1226) qui deviendra saint peu après sa mort. Fils d’un riche marchand de tissus, il décidera de quitter sa condition bourgeoise très confortable pour partager celle des pauvres. La légende retient qu’il aurait créer la première crèche (ce n’est pas tout à fait exact, il a surtout contribué à populariser cette pratique) avec juste du foin, un bœuf et un âne. Dans une interview, David Murgia explique qu’« il voulait montrer que le Christ était né dans un lieu pauvre, avec des pauvres, parmi les pauvres ».

    S’il n’était pas né en 1182 mais en 1982, qui croiserait-il sur sa route ? Et sur le parking du supermarché, quelle crèche réaliserait-il au milieu des poubelles ? Et d’enchaîner les portraits de tous ces « pauvres diables » invisibles parce que en périphérie de la société. Les travailleurs de l’entrepôt de logistique, parmi lesquels seuls deux blancs en CDI, Job l’analphabète, et l’Italien, le reste étant des sans papiers exploités à la journée. Les migrants qui risquent leur vie pour en trouver une nouvelle et qui en viennent à « avoir peur plus des vivants que des morts » qui sont pourtant nombreux au fond de la Méditerranée. « Tous des saints ».

    Dans Laïka (2017), le Christ est revenu sur terre, non pas pour porter la bonne parole, mais pour ausculter cette humanité qu’il a quittée il y a plus de vingt siècles, et les pauvres hères qu’il découvre coincés sur le bitume voisin d’un supermarché le désolent. Pueblo (2020) s’attache à l’histoire de gens dont on ne connaît pas le nom avant que la violence ne les transforment en centre d’intérêt. Comme pour Rumba, l’action se situe sur le parking du supermarché de banlieue.

    Les dispositif scénique est identique dans les trois pièces. Dans un décor minimaliste pour laisser toute le place au récit, accompagné d’un accordéoniste, David Murgia monologue avec une justesse et une force impressionnantes, le but étant de « faire des images avec des mots », dit-il. La prouesse est d’autant plus remarquable que Ascanio Celestini écrit peu ses textes. Le comédien se rend donc régulièrement à Rome pour récolter les mots de l’auteur. Sur scène, il s’appuie sur quelques textes écrits et « brode » le reste à partir de ce qu’il a gardé en lui de ces rencontres. Passant du comique au tragique, maniant de la répétition avec art, poussant même la chansonnette en italien, il ressuscite les précaires, les laissés-pour-compte de la société et du capitalisme.

    Derniers Articles

    Titre Rumba : l'âne et le boeuf de la crèche de Saint-François sur le parking du supermarchéTexte & mise en scène Ascanio CelestiniAvec David Murgia & Philippe Orivel (musique)Du 28 novembre au 6 décembre 2025 Au Théâtre NationalEt en tournée, notamment au Théâtre de...Rumba : la force et la dignité des précaires