Regards de Femmes : le monopole du regard masculin remis en question

Helen Levitt. N.Y., vers 1940. © Film Documents LLC, avec l'aimable autorisation de Galerie Thomas Zander, Cologne (Allemagne).
Helen Levitt. N.Y., vers 1940. © Film Documents LLC, avec l'aimable autorisation de Galerie Thomas Zander, Cologne (Allemagne).

Regards de Femmes est une exposition qui regroupe les clichés de 19 femmes photographes qui offrent leurs visions sur le monde d’aujourd’hui, ses codes, et les interactions entre les êtres humains. Ces femmes dénoncent des conditions d’oppression, soulignent la beauté d’architectures abandonnées. Elles dévoilent des moments de vie précieux, d’un quotidien plus ordinaire ou sublimes des femmes, des enfants, des marginaux et des personnes souvent invisibles aux yeux de la société.

Astrid Ullens de Schooten Whettnall, Présidente de la Fondation A, exprime le désir d’interrompre le monopole du regard masculin sur les images. Elle voit la transmission comme une valeur essentielle. L’idée véhiculée est que rien n’est impossible pour une femme. C’est un message positif et nécessaire adressés à toutes les femmes qui doivent encore à l’heure actuelle se battre pour trouver leur place.

Des clichés au plus près de leurs sujets

Lisette Model, pilier de la photographie américaine dès les années 1940, était également une enseignante renommée à New York. Ses clichés témoignent d’une époque de fête dans les bars et night-clubs les plus fréquentés de certains quartiers de la ville. Le contraste entre les représentations de personnes fortunées d’un côté, et les personnes plus démunies de l’autre, était cher aux yeux de la photographe. Se rapprocher de son sujet et comprendre son environnement était sa manière de générer des photographies qui sont entrées dans l’Histoire. Ces valeurs, elle les a apprises à Diane Arbus, son ancienne élève, également présente dans l’exposition.

Le couple de photographes allemand Gabriele et Helmut Nothhelfer s’intéresse à ce que peut faire la population allemande durant son temps libre pour s’échapper un bref instant du quotidien morose de l’Allemagne des années 1970. Ils photographient uniquement à Berlin, et toujours séparément, de telle sorte qu’aucun cliché n’est attribué à l’un(e) ou l’autre photographe. Ils créent au fils des clichés une galerie de portraits en noir et blanc au cadrage très cinématographique, empreint d’intimité et de nostalgie. Leurs sujets sont le plus souvent des femmes, des enfants ou des adolescents.

Gabriele und Helmut Nothhelfer. Mädchen mit Gipsmaske "Kinderfest der alleinstehenden Mütter und Väter" Brauhofstraße, Berlin, 1983. © Gabriele und Helmut Nothhelfer, avec l'aimable autorisation des artistes.
Gabriele und Helmut Nothhelfer. Mädchen mit Gipsmaske « Kinderfest der alleinstehenden Mütter und Väter », Brauhofstraße, Berlin, 1983. © Gabriele und Helmut Nothhelfer, avec l’aimable autorisation des artistes.

Une approche documentaire

Ursula Schulz-Dornburg est une figure majeure de la photographie allemande. Elle questionne, souvent en série, l’architecture et l’impact de l’homme sur le paysage. Ses photographies documentaires qu’elle ramène de voyages en Syrie, Irak, Russie, Georgie, Turquie ou Jordanie témoignent de paysages oubliés, sur le point d’être perdus ou qui le sont déjà. La mémoire et la notion de refuge prennent toute leur importance dans sa pratique. Elle présente ici une série de photographies prises en 1978 de palais abandonnés sur les rives du Bosphore, tels des témoins silencieux d’une époque révolue. Cette série fait référence au couple de photographes également allemands, Bernd et Hilla Becher.

Témoigner par l’image

Marquée par la dictature que Pinochet fit subir au Chili, Paz Errazuriz utilise la photographie comme témoin, donnant ainsi une voix aux personnes vouées à la marginalisation due aux diktats sociaux imposés par la dictature. Transgressant les règles mis en place comme le couvre-feu, elle réalise une série de clichés sur deux frères travestis à Santiago du Chili. Son approche documentaire lui permet d’intégrer pleinement leur monde, de les comprendre et de tisser des liens d’affections avec eux. De ces relations naissent la série « La manzana de Adan ». Paz Errazuriz a également réalisé d’autres séries de photographies, toujours en noir et blanc, sur d’autres groupes de personnes marginalisées comme les prostituées, les démunis, ou encore mettant en avant la beauté des corps vieillissants.

Martha Rosler, seule artiste à utiliser de la couleur et à avoir recourt au photomontage dans cette exposition, compose des images afin de dénoncer les prises de position sur le féminisme, la guerre en Irak, et les dégâts causés par le capitalisme. Judith Joy Ross est quant à elle portraitiste. Animée de valeurs sociales, elle représente et sublime des activistes manifestant contre le racisme, des jeunes en échec scolaire, des femmes engagées.

Kattia García Fayat. La boda, La Habana, 1988-1989. © Kattia García Fayat
Kattia García Fayat. La boda, La Habana, 1988-1989. © Kattia García Fayat

Au final, Regards de Femmes propose différentes visions de différentes époques aux quatre coins du monde. Ayant des approches et des thématiques différentes, les 19 photographes exposées ont comme point commun l’intérêt honnête et sans limite qu’elles portent à leurs sujets. L’exposition regroupe des grands noms de la photographie de différents continents. À l’heure ou la voix des femmes s’émancipe, l’exposition Regards de Femmes porte un regard toujours très actuel sur les relations humaines et sur la vision que portent les artistes à leurs sujets.

Infos pratiques

  • Où ? Fondation A, Avenue Van Volxem 304, 1190 Bruxelles.
  • Quand ? Du 24 septembre au 18 décembre 2022, du mercredi au dimanche de 13h à 18h.
  • Combien ? 5 EUR au tarif plein. Plusieurs tarifs réduits possibles.
A propos Anaïs Staelens 41 Articles
Journaliste du Suricate Magazine