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    Réconciliation, l’homme qui aimerait plus de sexe

    Réconciliation. Réhabiliter le sexe à l’heure du post-#MeToo est un roman-essai, à moitié fictionnel, où l’auteur Arthur Vernon délivre ses vues sur la sexualité d’aujourd’hui au travers ses personnages. Le roman se présente comme une longue suite épistolaire entre Édouard Nabeau et son avocat Christian Carrière. Édouard Nabeau est poursuivi par l’association féministe « Osez devenir chienne » pour insulte et incitation à la haine des femmes, pour avoir publié en ligne un témoignage anonyme d’un homme qui attaque par écrit une femme dans le métro pour ne pas même l’avoir regardé, considéré, lui, l’homme.

    Arthur Vernon est difficile à cerner de prime abord, tant il recherche la provocation. Avec le recul, et comme le personnage de Nabeau le théorise lui-même, on peut voir que la première partie se base sur de la biologie (animale) surtout et un point de vue à la limite de la misogynie, si pas masculiniste. La deuxième partie explore une autre manière de faire société (enfin, d’avoir du sexe dans la société), portant en graal la société des bonobos où le sexe permet de tout résoudre, en allant volontiers du côté du polyamour (et de « l’idéologie » féministe de gauche).

    Édouard Nabeau est un personnage insupportable. Il se sent non-coupable (et il en a le droit) et est d’une telle suffisance, d’un tel mépris, qu’il faut par moment s’accrocher pour aller jusqu’au bout de son témoignage. Face à lui, le personnage de Christian est particulièrement faible, répétant inlassablement la même chose : « j’entends ce que vous racontez, mais en quoi cela concerne-t-il ce procès ? » Nabeau sait mieux que son avocat, il sait mieux que tout le monde d’ailleurs, en particulier sur les relations hommes/femmes, et le sexe. #MeToo, il n’en n’a cure, comme il l’écrit noir sur blanc, cela ne l’a pas fait changer d’un iota car « ce n’est pas un violeur ni un harceleur ». Seule l’intéresse sa propre logorrhée.

    Sa théorie, à l’opposé de la doxa dominante et reposant surtout sur les écrits d’hommes, la voici : les hommes ont un besoin sexuel énorme d’avoir du sexe. Les femmes n’ont pas ce besoin, elles ont du désir de trouver le bon mec pour faire un enfant. Or, les femmes ont le pouvoir. Par leur nudité et leur sexe affriolant, c’est elles qui dominent la société, c’est elles qui décident si oui ou non, les hommes peuvent les baiser, notamment en découvrant leur peau dans l’espace public. C’est pour contrer ce pouvoir que les hommes ont créé le patriarcat. Car leurs besoin sexuel est tel qu’ils savent à peine se contenir. Nadeau cite Fréderic Beigbeder, qui a dit qu’« elles ont de la chance, en fait, les femmes, de ne pas se faire violer plus souvent ». Peut-être faudrait-il remercier les hommes, aussi ? En tout cas, comme Nadeau l’écrit, une femme dans la rue qui ne souhaite pas avoir du sexe avec un homme, et d’autant plus si on voit sa peau nue, est une micro-agression pour l’homme.

    Pour diminuer la tension sexuelle, la « misère », Nadeau propose de créer une société basée sur une sexualité débridée, ouverte, où toutes les femmes auraient envie de faire du sexe pour satisfaire les hommes et ce principe souverain qu’il cherche à imposer : « il vaut mieux avoir une relation sexuelle réciproquement désirée que pas de relation sexuelle ».

    Que dire ? Dans Réconciliation, on lit des choses effarantes. La sociologie est écartée complètement, seule la biologie compte. La biologie et les hommes, vu qu’ils sont énormément à être cités. Réconciliation il n’y aura donc pas, vu que Nadeau ne cherche pas vraiment à lire ce qu’écrivent certaines féministes ou d’autres femmes. Il n’en cite que trois : Peggy Sastre, autrice de La domination masculine n’existe pas, Maïa Mazaurette et Virginie Despentes, reprenant de celles-ci des extraits (décontextualisés) de leurs livres où elles font la promotion du libertinage, des gang-bangs (qu’il semble apprécier) et du sexe post-viol.

    Le livre est donc la défense de Nabeau plus qu’un échange épistolaire. Il y dit des choses aberrantes tout en essayant de se faire passer pour un hippie de 2026, souhaitant toujours entrevoir de ses yeux la « libération sexuelle ». D’après lui, tout se réconciliera lorsque les hommes auront les couilles vides, en gros, lorsque les femmes, qui auront perdu leur « pouvoir », auront envie de baiser tout le temps et en n’ayant plus honte d’avoir envie. Nadeau invite autant que possible à ne plus faire couple, à ne plus se restreindre, pour explorer d’autres manières de faire relation. Citant Arthur Vernon, son propre auteur, dans un grand délire d’autocitation et de grand n’importe quoi, il écrit noir sur blanc qu’on pourrait même considérer comme de l’inceste « les relations au sein d’un couple au-delà d’un certain nombre d’années ».

    La société qu’il construit mentalement est une société libérale basée sur l’intelligence artificielle, qui coterait chaque humain sur sa capacité sexuelle à bien baiser. Il souhaite que l’Europe continue à s’américaniser pour que les dernières protections étatiques tombent et que l’individu juge par lui-même s’il a envie de regarder de la pédopornographie créée par IA pour assouvir ses fantasmes. C’est à l’individu seul de se juger, à l’homme, vu que c’est lui qui a surtout besoin de se masturber (même si la masturbation, selon lui, n’est qu’un pis-aller, car l’inconscient ne relie pas l’acte à cette nécessité irrépressible de se reproduire). La société, comme le marché, doit être libre, dépassé du culturel.

    Il est compliqué de juger ce livre qui dit des choses hallucinantes et excuserait presque les hommes de violer, tout en se justifiant en permanence en citant de manière opportuniste des auteurs (et quelques autrices) de « la pensée dominante » de gauche. Ainsi, Arthur Vernon cite le formidable Sexe et utopie de Pat Califia, que j’ai critiqué pour le Suricate, pour y défendre sa vision d’une société du tout sexuel, où les femmes seraient des reines et d’autant plus remerciées qu’elles daigneraient ouvrir les jambes en grand à tous les hommes. Pour Vernon, les êtres humains ne sont que des êtres sexuels. Les femmes sont des trous et des bouches pour le plus grand plaisir des hommes.

    Arthur Vernon ne cherche pas à réconcilier, à chercher ce qui pourrait faire relation entre des hommes qui se sentent perdus, qui « ne savent plus draguer », qui sont « en manque », qui vivraient peut-être mal le fait de ne pas arriver à se mettre en lien, ni à avoir de relations sexuelles satisfaisantes. Il les oppose drastiquement aux femmes qui cherchent autre chose, comme ne plus se faire violenter, physiquement ou symboliquement, et ne creuse pas non plus cette tensions en se basant sur des faits, de l’humain, en questionnant la société néo-libérale capitaliste qui exclut, attise la haine, divise, rend seul·e, et le patriarcat qui, de manière culturelle, profite aux hommes, dans les domaines les plus variés.

    Si vous souhaitez lire un fantasme de société réconciliée, lisez donc plutôt Pat Califia (et Manon Garcia, par exemple).

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    Titre : Réconciliation : réhabiliter le sexe à l’heure du post-MeTooAuteur.ice : Arthur VernonEdition : Eveil sociétéDate de parution : 05 mars 2026Genre : Essai/roman Réconciliation. Réhabiliter le sexe à l’heure du post-#MeToo est un roman-essai, à moitié fictionnel, où l’auteur Arthur Vernon délivre ses vues sur la sexualité d’aujourd’hui au travers ses personnages. Le roman...Réconciliation, l’homme qui aimerait plus de sexe