Ramen Shop, les délices de Singapour

Ramen Shop

d’Eric Khoo

Drame

Avec Takumi Saitoh, Seiko Matsuda, Tsuyoshi Ihara, Jeanette Aw Ee-Ping

Sorti le 19 septembre 2018

Travaillant dans le restaurant de ramen tenu au Japon par son père, le jeune Masato est hanté depuis l’enfance par les sensations que lui procurait la saveur des plats préparés par sa mère singapourienne, disparue trop tôt. À la mort de son père, Masato entreprend un voyage à Singapour pour y retrouver ses origines, la famille de sa mère, et aussi en ramener un savoir culinaire qu’il rêve de maîtriser.

Pour son septième long métrage, l’auteur de Be With Me et de Tatsumi propose une histoire de filiation dans laquelle la cuisine et les saveurs jouent un rôle déterminant. Tout comme dans Les délices de Tokyo de Naomi Kawase, dans lequel la confection de beignets était prétexte à explorer les relations humaines d’un point de vue sentimental et sensoriel, tout en abordant un sujet fort, Ramen Shop utilise ce ressort de la cuisine comme déclencheur émotionnel, mais également comme vecteur d’allégories et de métaphores, lesquelles permettent d’aborder un sujet aussi délicat que le souvenir de l’occupation de Singapour par le Japon ainsi que ses conséquences sur les relations entre les deux pays, à l’heure actuelle.

Sans trop en dire – étant donné qu’elle intervient dans la dernière partie du film et qu’elle en constitue le climax –, on peut pointer une scène de dégustation, laquelle s’impose comme le véritable morceau de bravoure de Ramen Shop. Cette séquence d’anthologie parvient à capter sans dialogues, et uniquement par la restitution filmée d’une expérience sensorielle éprouvée par les personnages, le dénouement d’une crise familiale lourde, tout en évoquant de manière simple – voire naïve – la possibilité d’une réconciliation politique à travers ce qui est indicible et peut paraître dérisoire, la mise en commun de deux saveurs, de deux savoir-faire.

Paradoxalement, cette naïveté apparaît ici comme une force, parce qu’elle confère au film une dimension d’accessibilité qui ne peut que servir son propos. Ramen Shop est probablement le film le plus simple d’Eric Khoo, celui qui s’adresse au public le plus large. Il n’en est pas moins un film d’auteur, un auteur qui a su trouver dans la simplicité de l’émotion le vecteur d’un réel point de vue sur son sujet et sur ses personnages.

Thibaut Grégoire
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Journaliste du Suricate Magazine