
Raison et sentiments
Réalisatrice : Georgia Oakley
Genres : Drame, Historique, Romance
Acteurs et actrices : Daisy Edgar-Jones, Esmé Creed-Miles, Caitriona Balfe
Nationalités : Grande-Bretagne, USA
Date de sortie : 23 septembre 2026
On pourrait séparer les films en deux catégories. Ceux qui privilégient le déroulement et ceux qui privilégient la résolution. À la fin d’une histoire, on peut donc se demander : maintenant que je sais la fin, est-ce que le long-métrage est toujours aussi digne d’intérêt ? La plupart des films à twists ou des polars mettent tellement l’accent sur leurs fins que tout ce qui précède perd finalement en intérêts de manière rétroactive. Cette perte d’intérêt n’est cependant pas d’impact sur le film si la clôture de l’intrigue répond aux attentes des spectateurices. On peut simplement se dire que maintenant qu’on sait, on ne le regardera pas une seconde fois. Les films qui privilégient le déroulement, eux, peuvent au contraire délaisser leurs fins. On retrouve cette idée dans bon nombre de comédies familiales qui peuvent être extrêmement efficaces tout au long de l’intrigue, mais finir par certains poncifs attendus depuis la séquence d’ouverture.
Ainsi, les priorités d’écriture ne sont pas les mêmes. Quand on vise une fin mémorable, on construit un mystère, une intrigue dont l’issue ne sera découverte qu’au dernier moment. Quand on s’attèle à un bon cheminement, on sera plus attentifs à créer des personnages qui évoluent, font bouger les dynamiques et donnent des intentions nouvelles aux relations. Évidemment, le but est d’arriver à un déroulement intéressant ainsi qu’une fin inattendue. Évidemment, ce qu’on veut éviter à tout prix, c’est de n’avoir ni l’un ni l’autre.
Malheureusement, cette nouvelle adaptation de Raison et sentiments tombe dans la deuxième catégorie. Que l’on s’entende, le film est loin d’être mauvais et tout amateur de romance y trouvera son compte. Cependant, on peut aussi questionner la raison d’être du long-métrage. En effet, le roman de Jane Austen a déjà eu le droit à plusieurs adaptations télé et ciné. Et puisqu’il n’est pas question de faire découvrir le texte ici, on peut se demander comment réécrire une histoire déjà maintes fois réécrite.
Et c’est là qu’on en revient à nos priorités d’écriture. D’un côté, le début de l’intrigue n’appelle pas forcément à une fin surprenante. Le voici : une veuve désargentée et ses trois filles doivent quitter la demeure familiale et trouver de nouvelles situations. Juste avant leur départ Elinor, l’aînée rencontre Edward, une relation fusionnelle se crée, mais la distance risque de tout faire tomber à l’eau. À peine arrivée dans son nouveau foyer, Marianne voit son cœur osciller entre le mystérieux Colonel Brandon et le fougueux Willoughby.
Si la fin a l’air si attendue, c’est sûrement que l’accent va être mis sur le déroulement. Mais au fur et à mesure que le temps passe, on se demande si on ne fait pas erreur tant rien n’évolue. En effet, les personnages représentés sont des archétypes. Ce qui n’est pas un problème quand ils servent à donner un départ pour ensuite se déconstruire et s’altérer au contact les uns des autres, le devient quand rien de nouveau ne se passe. Willoughby reste ce bonhomme instable et peu fiable, Brandon se morfond dans son mutisme, Elinor et Edward sont raisonnables et droits, Marianne recherche l’exaltation à tout prix. Et ce, du début à la fin.
Alors oui, l’intrigue est prenante et se plait à mettre ces archétypes dans les pires situations possibles. Mais pour en retirer quoi ? Qu’ai-je à la fin que je n’avais pas les dix premières minutes ? Mis à part la satisfaction d’avoir vu se réaliser ce que j’avais prévu et ce dont j’avais envie, mis à part avoir assouvi mon attrait pour les romances et la gentry, rien. À la différence du Hurlevent de l’année passée, Raison et sentiments ne se vautre pas dans une réécriture de mauvais goût, mais ne tente rien non plus. Il est exactement ce que l’on attend de lui, un film du dimanche qu’on se plaira à voir et revoir. Mais le manque d’ambition peut parfois être plus décevant qu’un raté.
