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    Queer Screams, honneur aux horreurs

    C’est quoi un monstre ? Bien qu’on ait toustes notre propre idée et un imaginaire souvent commun quant au mot, le wiktionnaire n’en recense pas moins de 24 définitions. Il donne aussi comme étymologie le latin monstrum, désignant autant le malheur, la chose hideuse, le fléau que la merveille, le prodige et le présage. Une langue est un organisme vivant, qu’on le veuille ou non. Ainsi, les mots changent de définition, de sous-entendu, tombent en désuétude ou retrouvent une seconde jeunesse dans une nouvelle utilisation. Et la grande polysémie de « monstre » prouve à quel point la question qui ouvre cet article a suscité réponses et réflexions.  

    On peut, cela dit, trouver un socle commun à toutes les applications du mot, celle de situer quelqu’un ou quelque chose hors de l’ordinaire. Sociétalement parlant, ça revient à dire, hors de la norme. Et bien souvent, toujours dans cette perspective sociétale, l’hors de la norme vient sanctionner négativement un comportement, une pratique, une identité. Alors pourquoi tout ce préambule linguistique ? Parce que cette réflexion est au cœur du spectacle Queer Screams, joué au Riches-Claires jusqu’au 5 juin. 

    Pour être plus précis, la pièce pose comme problématique première, le constat suivant : pourquoi tant de représentation LGBT+ dans le cinéma d’horreur ? Au fil du spectacle, King Baxter, intronisé narrateur et maître de cérémonie, tisse un parallèle entre deux figures hors des normes, celle de la créature d’épouvante d’un côté, et celle de l’homosexuel.le de l’autre. Soyons honnêtes, le lecteur qui s’arrêtera ici imaginera sans nul doute une conférence très intéressante, mais pas hyper fun. Bah continuez à lire. 

    Parce que Queer Screams, c’est un show complet. Chant, danse, théâtre, marionnette et surtout drag. Et si l’aspect discursif de la pièce est indéniable, il est enrobé dans une foule de saynètes tantôt drôles, tantôt belles. On y croise la fiancée de Frankenstein, un loup-garou, Camilla, la première figure vampirique de l’histoire de la littérature, dans des numéros et un ton venus tout droit de la pure culture drag, et même un peu plus. 

    Queer Screams amuse et instruit et si tout n’est pas parfait — tout peut-il l’être ? —, il prend le pari de tout mettre en œuvre pour se réapproprier le mot « monstre », le priver de son caractère péjoratif, afin que les pôles s’inversent et que l’hideux ne soit plus ce qui est rejeté, mais ce qui rejette.

    Alan Santi
    Alan Santi
    Journaliste cinéma et théâtre / Responsable jeux de société

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